ESPRIT RÉCALCITRANT DES BULGARES
politique sur les préceptes des grands hommes de l'antiquité. Alexis, père d'Anne, se justifiant un jour devant le Sénat, les généraux et les principaux membres du clergé, de l'usage qu'il avait fait des deniers publics dans la guerre, s'écria, en empruntant le mot de Périclès: « Cet argent a été dépensé pour le bien de l'État et pour »otre honneur. »
Un autre moyen d'attirer les étrangers était leur admission dans les services civils et militaires de l'empire. Séduits par ces avantages, les Slaves se conformaient plus que les autres à l'ordre de choses dominant. Justin et Justinien en sont une preuve éclatante. Beaucoup de Goths et d'Alains se laissèrent aussi apprivoiser. Seuls les Bulgares demeurèrent inflexibles. Ils faisaient leurs études à Constantinople ; vaincus et prisonniers, ils acceptaient ce qu'on leur accordait; mais ils ne faisaient que céder à la nécessité, et cherchaient l'occasion de déserter pour reprenure leur guerre acharnée contre l'hellénisme. L'histoire de cette époque fournit une foule d'exemples de ce genre. Je n'en citerai que deux, qui suffiront à caractériser cette haine persistante. J'ai déjà dit comment Siméon fut élevé dans la capitale et combien il aimait la science des Grecs. Néanmoins, dans sa première guerre contre l'empire, il coupa, comme font les Turcs, le nez à tous les prisonniers et les renvoya ainsi mutilés à Constantinople. Dans le cours de la guerre, il s'empara d'Andrinople et fît prisonnier le commandant de la place, Môroléon, qui avait souvent vaincu les Bulgares ; il le chargea de chaînes, le mit à la
torture et le fît périr d'une mort affreuse. Est-il étrange que les Grecs aient usé quelquefois de représailles contre des ennemis si implacables? Malgré leur constante humanité, il leur a été impossible d'adoucir les mœurs de ces sauvages. Soixante-dix ans après les événements que je viens d'exposer, vers la fin de la lutte dans laquelle Basile 11 réussit à dompter les Bulgares et à transformer définitivement leur pays en province hellénique, un transfuge vint frapper à sa porte lors de son séjour à Diabolis. La garde l'interroge : il répond qu'il est Nicolitzas et qu'il vient se livrer à rempereur. Cet homme avait défendu bravement pendant dix-huit ans le fort de Servia ; forcé de se rendre, il avait été élevé à la dignité de patrice par Basile. Mais plus tard il s'évada, fut^ repris et envoyé prisonnier à Constantinople. Evadé de nouveau, il alla recommencer la guerre, jusqu'au moment 011, voyant que tous ses compagnons d'armes se rendaient ou étaient pris, il résolut, dans son désespoir, d'avoir recours à la clémence de l'empereur. Dégoûté de ses trahisons, Basile refusa de le recevoir, mais ne lui fit aucun mal. Il se borna à l'interner à Thessalonique. Les relations commerciales avec les villes grecques et le goût des bienfaits de la civilisation, que de telles relations engendrent toujours, avaient pour résultat un rapprochement de plus en plus étroit des deux mondes. Les Slaves, peuple de laboureurs et de bergers, avaient souvent affaire aux Hellènes, des villes, qui tenaient tous leurs intérêts entre leurs mains. Il est facile de le prouver par le fait qui a causé la guerre du dixième siècle,