‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 107 sur 179 · LES SLAVES AU MIDI · texte numérisé non relu

LES SLAVES AU MIDI

pas encore été occupé par des étrangers. Dans cet intervalle, la beauté du climat, l'intelligence, le travail, Taclivilé de la race, maintenaient et augmentaient même parfois la population. L'émigration de beaucoup d'habitants des provinces septentrionales, à la suite des invasions désastreuses du cinquième, du sixième et du septième siècles, contribua aussi probablement à ce résultat. Dans ces pays du sud la population était certainement clairsemée, si on la compare aux foules compactes du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Les villes étaient plus petites que dans l'antiquité; mais elles avaient toujours conservé une certaine importance. Beaucoup de terres, à l'intérieur surtout, restaient incultes faute de bras ; mais beaucoup d'autres étaient cultivées. En un mol, la Grèce proprement dite était loin d'être déserte. En outre, les Slaves qui vinrent s'établir au midi étaient moins nombreux que ceux qui avaient occupé le nord de l'empire Ici s'établirent des nations entières ; là, quelques colonies isolées. Ce qui prouve combien la race grecque était encore prépondérante dans ses foyers primitifs, c'est la levée de boucliers qui eut lieu au septième siècle, quand on voulut déposer Léon 111 en faveur de Cosmas. Léon vint facilement à bout de ce mouvement purement grec ; il n'en prouve pas moins que les hommes et les ressources de ces contrées n'étaient pas à mépriser; on n'y craignait pas encore les Slaves, qui n'avaient pas, il est vrai, pénétré dans le Péloponèse, mais qui déjà s'étaient établis dans plusieurs districts de la Thessalie, de l'Épire et de la Grèce au nord de l'isthme deCorinthe. Les Slaves ne

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dominèrent donc jamais dans ces pays comme dans les provinces du nord de l'empire. Ils occupèrent quelques lieux découverts et bâtirent, selon leur usage, des hameaux ou des fermes isolées ; ils formèrent avec le temps des communautés d'agriculteurs ou de bergers, administrées pendant assez longtemps par leurs propres magistrats, qu'ils appelaient Joupanes. Ils cherchèrent de temps en temps à se rendre maîtres des communautés grecques des environs, qu'ils pillaient ; mais ils ne réussirent jamais à s'emparer des villes. Voilà pourquoi l'on rencontre souvent en Grèce des dénominations slaves de villages, de hameaux, de rivières, de montagnes ; mais toutes les villes anciennes ou modernes portent des noms grecs. L'hellénisme des villes fut souvent assez puissant pour repousser sans le secours de Constantinople, pour abattre même les Slaves qui les attaquaient. Ainsi, au commencement du neuvième siècle, les habitants de Patras vainquirent ces étrangers établis dans le Péloponèse occidental et les réduisirent au servage.

La Macédoine et la Thrace forment une section à part : elles tiennent le milieu entre les provinces du nord de Fempire devenues slaves et les provinces du sud restées grecques. Plusieurs districts de ces deux pays firent longtemps partie du royaume bulgare ; mais les races slaves qui s'y établirent ne s'approprièrent jamais les grandes villes, telles que Thessalonique, Cassandra, Serrés, Philippopolis, Andrinople, Didymotichos, Tsouroulos, Vizye, Verrhia, Rodosto. Dans la seconde moitié du septième siècle, les Slaves assiégèrent deux fois Thessalonique ;

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deux fois ils furent repoussés par ses habitants. D'un autre côté les noms slaves prévalurent, soit pour un temps, soit pour toujours, non-seulement dans beaucoup de villages et de hameaux, mais dans plusieurs villes secondaires du nord et de l'intérieur : Vodéna, Radovitz, Caratovo, Ostrovo, Prespa, Mogléna, Zagora, Pernico. En un mot, les Slaves prirent en Macédoine et en Thrace une position plus prépondérante que dans les provinces méridionales, moins forte que dans les provinces du

nord.

A partir du huitième siècle, les noms d'Hellènes ou d'indigènes hellénisés ne paraissent plus en Bulgarie, en Serbie, en Croatie et en Dalmatie. Au contraire, les Macédoniens et les Thraces se distinguent toujours des Slaves établis au milieu d'eux. Dans ces provinces, les districts occupés par ces étrangers portent le nom général de Sclavinies, qu'ils avaient aussi dans les pays plus méridionaux. Mais la Thrace et la Macédoine n'ont jamais perdu les anciens noms helléniques, comme cela est arrivé pour la Serbie, la Croatie et la Bulgarie. La dynastie de Basile V était fière de son origine macédonienne. Dans une lettre à l'empereur Cantacuzène, le sultan d'Egypte le nommait (c empereur des Grecs » et « épée des Macédoniens. » Avec quelque soin qu'on ait recherché en ces pays les traces de la langue slave au moyen âge, on n'y a découvert que deux inscriptions en cette langue. Enfin la langue grecque domine encore aujourd'hui en Macédoine, non-seulement jusqu'à Serrés et Tzichna, mais jusqu'à Stromnitza, Mélénico et Névro-

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kopi ; en Thrace, jusqu'à Andrinople et Philippopolis. Tout cela prouve d'une manière incontestable que la population hellénique de la Macédoine et de la Tlirace était encore considérable à l'époque où les Bulgares et les Slaves vinrent s'y établir, peut-être non moins considérable que celle des pays grecs proprement dits. Car, si depuis le quinzième siècle les Slaves, qui ont entièrement disparu de ce côté de l'Olympe, se maintiennent encore au delà, il faut l'attribuer au voisinage de la Bulgarie et de la Serbie, où ils se recrutaient constamment.

Tout autre a été le sort de l'hellénisme dans l'Illyrie grecque, c'est-à-dire au nord de l'Épire et à l'ouest de la Macédoine. Les Slaves disparurent de là comme des contrées les plus méridionales. Mais l'ancienne race indigène des Illyriens, qui porte dès le moyen âge le nom d'Albanais, et dont nous parlerons plus tard, l'emporta sur toutes les autres.

L'Asie Mineure, jusqu'au onzième siècle, conserva plus pure que les autres provinces de l'empire sa population, hellénisée depuis les temps les plus reculés. Elle subit quelques revers lors des grandes invasions hunniques et germaniques du quatrième et du cinquième siècle ; elle souffrit encore davantage des guerres persanes et arabes. Ces désastres éphémères n'altérèrent pas cependant le caractère ethnologique de ses habitants. Des peuples du nord n'y formèrent pas, comme dans les provinces européennes, des établissements durables. De même les armées des Sassanides et desRalifes revenaient sur leurs pas sans laisser d'autres traces que des dévastations pas-

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