ASIE MINEURE. — GRÈCE
sagères. Un petit nombre de Slaves y ont été transplantés, comme nous l'avons vu, par les empereurs de Constantinople. A l'exception de ces taches promptement effacées, les habitants conservèrent intact cet hellénisme qui, depuis le neuvième siècle avant Jésus-Christ, ne cessa pendant 2,000 ans de dominer dans la péninsule sous différentes formes. Quand on lit les chapitres sur l'Asie Mineure du traité des Thèmes, rédigé au dixième siècle, on est véritablement étonné de voir combien ce vaste pays gardait encore à cette époque son caractère hellénique : noms géographiques, traditions anciennes et chrétiennes, tout y était grec. C'est ce qui explique pourquoi l'Asie Mineure fut le principal point d'appui de la monarchie byzantine pendant plus de six cents ans. Il n'en faudrait pas conclure que l'empire ne fût en même temps uni par de puissants liens moraux avec Athènes, métropôle européenne de la nation grecque.
Nous ne parlerons pas ici de la bienveillance particulière de Julien pour la Grèce ; il avait entrepris de restaurer la religion antique, il devait donc rechercher le concours du pays où elle existait encore. Avant lui, Constantin le Grand, ce puissant protecteur du christianisme, portait avec orgueil le titre de stratège des Athéniens ; il augmenta les privilèges des professeurs de cette ville en les exemptant de plusieurs impôts. Il envo\ait aussi tous les ans à Athènes une grande quantité de blé, qui était distribué au peuple. Son fils Constant céda à la ville plusieurs îles dont elle tirait de grands revenus. Les successeurs de Julien, qui par des mesures
sévères cherchèrent à consolider partout ailleurs le dogme chrétien, respectèrent toujours l'attachement des Hellènes à la religion de leurs ancêtres. Au quatrième siècle, quand Valentinien défendit par une loi les sacrifices nocturnes, le proconsul d'Achaïe, Prétextât, lui exposa que cette loi rendrait la vie intolérable aux Hellènes ; l'empereur alors permit exceptionnellement aux habitants de la Grèce de suivre leurs pratiques traditionnelles. Théodose le Grand, qui se montra si rigoureux envers l'ancienne religion, admettait beaucoup d'Hellènes au service de l'État, quoiqu'ils en fussent exclus comme païens par les lois qu'il avait lui-même édictées. Vers le milieu du cinquième siècle, Tempereur Léon avait pour médecin principal le païen Jacobos qu'Athènes honorait de statues publiques. Plus tard encore, sous Zenon, de nombreux élèves des écoles d'Athènes étaient appelés aux plus hautes dignités et visaient quelquefois au pouvoir suprême. Une preuve manifeste que l'hellénisme du moyen âge évitait, à de rares exceptions près, d'opprimer la conscience de ce qu'il restait encore de fidèles à l'ancienne religion, c'est qu'il y avait, à la fin du neuvième siècle, des parties du Péloponèse où dominait le paganisme, notamment
la Laconie.
Quatre femmes originaires de la Grèce s'assirent successivement sur le trône de Constantinople : la fille du philosophe athénien Léontiùs, qui changea son nom d'Alhénaïs en celui d'Eudoxie et devint la femme de Théodose II ; la fameuse Irène, née également à Athènes,