‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 112 sur 179 · POPULATION · texte numérisé non relu

POPULATION

fournit 6,600 soldats et 6,760 marins, soit 13,360 hommes. Le thème de Samos, qui comprenait l'île de ce nom, le pays d'Éphèse et d'Adramyte sur la côte d'Asie, fournit à la même expédition 5,000 soldats et 4,680 matelots, soit 9,680 hommes en tout. Ces deux thèmes pouvaient donc donner 23,000 hommes, et il yen avait 14 autres, dont la plupart étaient bien plus vastes que les deux précédents. En outre la Réformation, née en Asie Mineure^ témoigne de la grande supériorité morale de la péninsule. C'est elle au«i qui il produit h première poésie |iopu1nire helléni(|uc qui t\o\i$ $oit connue. Mais ce qui rond évidente Timporlance qui lui élail attribuée thm rÉtal, ce sont le« privil*l!ges dont elle jouissait. Dans la hiéi-ïirrhie administrative, les thèmes d'orient étaient placéî$ bien au-dessus des tlu>ine$ d'occident; leur* gouverncui-s recevaient du trésor public des appointements fixes appelés roga, landis que les autres ne touchaient qu'une espèce de cnsueL c'est-àdire des drnits annuellement prélevés sur les administrés. Ces appointcmcnlî des gourcrneurs de rorient étaient considéi-ables; troiîJ louchaient cliacuu environ 45,000 franco, ce qui équivaudrait à 2i5,000 d'aujourd'hui.

Les colons slaves compenscreni, jusqu'au huitième siècle, la diminution de la population dans les provinces grecques de l'HuroiM;. Ils furent i>our elles ce qu'avaient été pour la Grèce ancienne les esclaves après les premières émigrations en Asie et en Italie; quelques-uns furent en effet réduits en servage, comme les Slaves d*AcUaîe et

d'Elide qui, révoltés sous l'empereur Nicéphore, furent domptés par lui et déclarés serfs de l'église de Saint- André à Patras. Les Slaves de la Thrace, de la Macédoine et des contrées plus méridionales se livrèrent surtout à l'élève du bétail ; beaucoup s*adonnèrent à l'agriculture ; tous contribuèrent à la production des matières premières avec lesquelles les Grecs ont pu donner un grand développement à leur industrie et à leur commerce à partir du huitième siècle.

Conslantinople, avec sa population de 500,000 âmes, était le plus grand emporium du monde alors connu. Là affluaient les négociants de tous les États mahométans de l'Asie et de l'Afrique, de l'Italie, de l'Espagne, de la Russie, de l'Allemagne et même des Iles-Britanniques. Là arrivaient les produits naturels des trois parties du monde et les produits manufacturés des provinces de l'empire ; ils donnaient lieu à l'échange le plus varié du commerce d'importation, d'exportation et de transit. Tous les grands centres commerciaux de Tantiquité avaient disparu, comme Carthage, ou étaient tombés en décadence, comme Alexandrie, Antioche et Rome. Conslantinople avait hérité du commerce du monde entier, d'autant plus que par son administration, par ses tribunaux, par ses lois et parles diverses facilités de la vie, elle offrait aux négociants des garanties et des avantages qu'ils ne pouvaient trouver ailleurs. Faut-il taxer d'exagération le récit du Juif Benjamin de Tudela, qui visita cette capitale au douzième siècle ? Avec l'aptitude particulière aux hommes de sa race, il étudia les finances de l'em-

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pire ; or il affirme que les empereurs tiraient de la seule ville de Conslantinople un revenu de 8,300,000 sous d'or : cela fait 110,000,000 de francs environ, qui équivaudraient à 550,000,000 d'aujourd'hui; c'est plus du double des revenus de la ville de Paris qui compte près de 2,000,000 d'habitants.

Un témoin oculaire, Jean Caméniale, dit que Thessalonique était une ville riche, florissante par la variété des produits de l'agriculture, par sa grande industrie, par le mouvement important de son port, par ses communications avec l'occident au moyen de la grande route qui, partant du golfe Thermaïque, aboutissait alors à l'Adriatique. Une foule mêlée d'étrangers et d'indigènes remplissait les rues et surtout le marché de cette ville. Dans la grande foire qui s'y tenait à l'époque de la Saint-Dimitri, patron de cette ville, on voyait accourir, d'après d'autres témoignages, beaucoup de Grecs, de Thébains surtout, marchands de soie, des Slaves, des Italiens, des Français, des Espagnols et des mahométans. Les ateliers pour le cuivre, le fer, l'étain, le plomb et le verre y étaient assez considérables pour suffire aux besoins d'une ville deux fois plus grande. Le luxe qui abondait dans cette ville, témoigne de l'aisance de ses habitants. Plusieurs acquirent de grandes richesses en or, en argent et en pierres précieuses. Les étoffes de soie y étaient aussi abondantes qu'ailleurs les tissus de laine. Les habitants de Thessalonique ne se bornaient pas à (les dépenses de cette sorte; ils entretenaient aussi des écoles célèbres ; la jeunesse de Macédoine y ve-

29i GUANDEUR DE L'HELLÉNISME AU MOYEN AGE.

naît en foule étudier les sciences, les lettres et les arts.

Nous venons de dire que des marchands de soie thébains se rendaient à la foire de Thessalonique. La \ille de Thèbesne présentait plus en effet à cette époque l'aspect misérable qui avait jadis attristé Strabon et Pausanias • la sériciculture, répandue depuis le huitième siècle dans toute la Grèce, et la fabrication de la soie, introduite dans plusieurs villes, prospérèrent surtout à Thèbes et à Corinthe. Aussi l'or et l'argent abondèrent-ils dans ces deux villes, où existaient de grands dépôts de marchandises et où l'on trouvait un luxe singulier dans toutes les choses de la vie.

APatras, on fabriquait des habits de pourpre richement brodés, des tissus de laine de toute sorte, des étoffes de soie dont la finesse dépassait, dit-on, celle des toiles d'araignée, des tapis ornés de magnifiques peintures. Ce qu'on rapporte de Daniélis, l'amie de l'empereur Basile le Macédonien, prouve la richesse extraordinaire de cette ville. Les biens meubles de cette dame, en argent monnayé, vases de métal précieux, habits somptueux, navires, esclaves et bêtes do somme, étaient dignes d'un empereur : c'est l'expression de Constantin Porphyrogénète, dont les yeux, habitués aux somptuosités des palais de Constantinople, ne pouvaient être facilement éblouis. Le nombre des esclaves et des propriétés de Daniélis était tel, qu'à sa mort trois mille esclaves furent affranchis, et quatre-vingts fermes échurent en partage à l'un de ses héritiers. Et de pareils trésors n'étaient pas le partage d'une seule famille. La puissance de Pa-

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tras prouve aussi la richesse de ses habitants. On peut s'en faire une idée quand on voit cette ville, bloquée par terre et par mer au neuvième siècle, repousser, à elle seule et avant d'avoir reçu le moindre secours de Constantinople, la flotte mahométane, et subjuger les tribus slaves qui s'étaient jointes aux Arabes envahisseurs.

D'autres villes prospéraient aussi par le commerce : Durazzo, .\vlona, Corfou, Vonitza,Modon, Coron, Nauplie, Athènes, Chalcis, Démétrias, Chrysopolis, Périthéorion, Abydos, Rhodosto, Ândrinople, Apros, Héraclée, Sélyvrie. La preuve, c'est que les Vénitiens demandèrent à y établir des comptoirs. Corfou versait chaque année au trésor 1 ,600,000 francs, ce qui ferait 8 000,000 de nos jours, plus que le trésor du royaume de Grèce ne tire aujourd'hui de toutes les îles ioniennes. Le géographe arabe Edrisi, qui visita la Grèce à cette époque, donne des renseignements précieux sur quelques-unes des villes dont nous avons parlé et sur d'autres encore. D'après ce témoin oculaire, la situation du Péloponèse était florissante ; il comprenait treize villes et plusieurs forteresses. Le voyageur qualifie Arcadia de ville grande et peuplée, et Lacédémone de remarquable. Il affirme qu'Athènes était très-peuplée et entourée de jardins et de campagnes couvertes de céréales. Platamôn avait un beau port, de grandes et hautes maisons ; Triccala était située au milieu de vignobles; Larissa comptait parmi les villes les plus importantes ; ses terres étaient couvertes de blés et de vignobles ; Almyro faisait un grand commerce. Edrisi appelle Kitros un

centre de commerce fortifié et prospère, couronné de villages ; Achrida et Durazzo, entrepôts de commerce ; Corfoii, une \ille considérable et prospère. 11 qualifie Céphallénie, Andros, Amorgos de bien peuplées ; Naxos de riche en bestiaux, la fertile Astypaléede riche en bœufs et en moutons. Il dit que Samos et Chios avaient beaucoup d'habitants et de nombreux produits. Une foule d'autres témoignages montrent combien l'élève du bétail et l'agriculture florissaient alors en Grèce. Au dixième siècle, sous l'empereur Lécapène, le Péloponèse seul fournit, dans une expédition contre l'Italie, mille chevaux de bataille. Au onzième siècle, une famine s'étant déclarée à Conslantinople, le gouvernement fit acheter 100,000 médimnes de blé dans le Péloponèse et dans le reste de la Grèce.

Cette prospérité des provinces de l'empire permettait de conjecturer que les recettes publiques étaient considérables. Jamais cependant on n'avait pu en calculer le chiffre, même d'une manière approximative, lorsque nous avons enfin trouvé moyen d'éclairer ce point historique. Quand les Latins s'emparèrent de Constantinople, au treizième siècle, ils dirent que Baudouin, proclamé empereur d'Orient, avait un revenu quotidien de 30,000 pièces d'or. M. Hopf, qui prend cette somme pour la liste civile de Baudouin, ne croit pas la chose probable. Mais il est évident qu'il ne s'agit pas ici de liste civile, 30,000 pièces d'or par jour correspondant à 162,000,000 de francs par an. Il y a une explication beaucoup plus plausible de ce chiffre. On sait que, d'après le traité conclu le 7

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