ÉGLISES D'ORIENT ET D'OCCIDENT. 3H
considérable, dans le groupe actuel des États européens. Cependant cent quatre-vingts ans s'étaient à peme écoulés depuis la mort de Basile 11, que cet empire, après une lutte acharnée de neuf siècles contre ses ennemis d'orient, se voyait, en 1204, renversé par l'Europe occidentale, son alliée naturelle. L'Europe était urne a l'hellénisme par des liens nombreux, Ifens de race de religion, de politique et de civilisation. Elle avait intérêt au maintien d'un état de choses qui la préservait depuis tant de siècles du plus grand des dangers. Mais d'autres passions et d'autres intérêts l'entraînèrent a renverser ce rempart de ses propres mains. Il en résulta d'abord dans le monde entier une confusion mexprimable, et plus tard des difficultés où la politique de nos jours se heurte en ce moment même.
La catastrophe avait été préparée de loin. La lutte qui l'amena commença par une querelle ecclésiastique. Les évêques de Rome prétendaient toujours au premier rang dans l'Église du Christ ; ils s'appuyaient sur des traditions et des faits que l'on peut ramener aux quatre points suivants : Pierre qui, avec Paul, fut le fondateur de l'Église de Rome, est le premier des apôtres dans les Évangiles; Rome a été la capitale de l'empire romain, son zèle pour la foi s'est montre incomparable, et sa doctrine est la pure doctrine chrétienne; enfin on lui a conféré une juridiction suprême sur certames contestations civiles. Ces faits ont été souvent rapportes.
Quant à l'hellénisme, au moyen âge il honora pendant longtemps l'Église de Rome d'une préséance ex-
312 DÉCADENCE DE L'HELLÉiNISMË AU MOYEN AGE.
ceplionnelle, mais en ayant seulement égard au second des motifs que l'on vient d'énumérer. En effet, dès que le besoin de fixer d'une manière exacte et solennelle les privilèges de Rome se manifesta, le deuxième concile œcuménique, convoqué à Constantinople, et le quatrième, réuni à Chalcédoine, n'accordèrent cette préséance à Rome que comme à la capitale de l'empire. Les papes protestèrent contre ces canons, qui fondaient leur privilège sur une base fragile que le temps pouvait modifier. C'est ce qui arriva bientôt. Rome cessa d'être capitale dès que l'empire d'Occident eut été renversé, en 476. Mais les papes s'étaient trop empressés de protester. Assurément l'Eglise et la monarchie de Constantinople étaient autorisées, par la chute de cet empire et par les résolutions des conciles œcuméniques, à cesser de rendre à l'évoque de Rome les honneurs de la préséance ; elles continuèrent pourtant à se conduire envers le pape comme si Rome était encore la capitale de l'empire. Cette situation aurait pu se continuer jusqu'à nos jours ; mais les papes élevèrent bientôt des prétentions souveraines dont ils poussèrent avec le temps l'exagération à l'extrême. Depuis Zenon et Anastase, l'évêque de Rome prétendit soumettre à sa juridiction non-seulement les affaires de l'Eglise, mais le pouvoir temporel lui-même. En d'autres termes, il voulut étendre à l'orient la sanction du dogme qu'il réussit à imposer pendant de longs siècles à l'Europe occidentale. De là U querelle qui ne tarda posa s'élever entre ces deux inondes, querelle d'autant plus Tîve que des priucipcs compléteiiient opposés avaient