‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 118 sur 179 · DIFFÉRENCE DE LEUR SITUATION · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCE DE LEUR SITUATION

tinople. L'empire d'Orient n'était pas tombé comme celui d'Occident. Il se maintenait et conservait ses monarques, un gouvernement habile, une administration bien organisée, une législation savante, de nombreuses écoles et, en général, un ordre légal incontestable. Le pape, à qui les décrets des conciles n'accordaient qu'une simple primauté dans l'Église, n'avait pas le droit de s'arroger en orient le pouvoir souverain qu'il exerçait sur les peuples encore barbares de l'occident. Le pape Symmaque écrivait à l'empereur Anastase que « la dignité épiscopale est supérieure à la dignité royale, autant que les choses divines l'emportent sur les choses humaines. >) Appliquée à l'orient, cette doctrine aurait eu dès cette époque les inconvénients contre lesquels se souleva avec tant de raison l'Europe occidentale à partir du seizième siècle. Ce n'est donc pas à tort que les empereurs de Constantinople ont toujours repoussé cette prétention du pape à la souveraineté.

Il est vrai qu'ils firent un pas de plus. Comme nous l'avons dit tout à l'heure, ils entreprirent souvent de régler de leur propre autorité les questions ecclésiastiques. Les catholiques ont toujours blâmé l'hellénisme du moyen âge à cet égard. Cependant, puisque ni les décrets des conciles ni la situation de l'orient ne conféraient a l'évêque de Rome un droit sur l'Église orientale, il faut chercher à qui appartenait ce droit. Les libéraux répondront : « à personne ; car l'intervention de l'autorité dans les choses de la conscience est le fait d'un système théocratique monstrueux. » Mais ceux qui parlent de liberté de

conscience dans ces temps primitifs du moyen âge oublient qu'au seizième, au dix-septième et au dix-huitième siècle, quand l'esprit de la philosophie moderne dominait déjà dans l'Europe occidentale, des souverains, catholiques ou protestants, infligeaient encore les plus cruels châtiments à leurs sujets hétérodoxes. Il y a trentecinq ans, en Angleterre, les catholiques étaient privés de leurs droits politiques. En France même, dans un pays qui est regardé comme le boulevard de la liberté ou, selon d'autres, de l'indifférence religieuse, le gouvernement impérial interdisait naguère le cours d'un professeur dont la doctrine n'était que la conclusion finale des hérésies combattues, il y a treize cents ans, par les empereurs de Constantinople. Après cela, comment condamner l'empire grec pour ne pas avoir professé le principe d'une tolérance complète et d'une discussion illimitée en matière religieuse ?

D'autre part, si le dernier mot à ce sujet eût appartenu au clergé dominant, ce clergé, à coup sûr, ne se fût pas borné à retrancher les hérétiques du giron de lEglise ; leur situation civile et politique dans l'État eût été singulièrement compromise. S'il se fût contenté de l'excommunication, c'est le principe de la tolérance qui eût prévalu en réalité. Mais non, il serait vain de chercher ce principe au sixième siècle. En orient, le clergé orthodoxe aurait infailliblement fait ce que le pape fit plus tard contre le protestantisme : il aurait voulu imposer, par la violence, ses dogmes à la conscience humaine ; il aurait prescrit des peines à cet effet ; il aurait forcé le

Page 1