TRISTES RÉSULTATS DE CETTE LUTTE
^ice militaire. Il était donc évident que des villes qui refusaient d'aliéner la moindre parcelle de leurs droits politiques, ne consentiraient jamais à s'en dessaisir entièrement. Pendant quelque temps plusieurs d'entre elles furent obligées de se soumettre à cette organisation de l'État, mais elles se révoltaient à la première occasion, et les occasions ne manquaient pas. Les Athéniens excitaient partout le parti démocratique ; les Spartiates, l'oligarchie ; ces partis se retrouvaient également dans toutes les villes. Aussi les alliés d'hier devenaient-ils les ennemis du lendemain, et les ennemis delà veille agissaient de concert le jour suivant. La force des deux camps, peu considérable d'abord à cause du peu d'empressement des villes à se soumettre, était modifiée à tout moment par la fréquence des désertions. Sparte et Athènes furent les seuls adversaires constants ; ce duel ainsi mené n'a point abouti, ne pouvait point aboutir à l'unité. En effet, ces deux villes aspiraient à l'hégémonie ; elles paraissaient combattre pour telle ou telle forme d'unité nationale ; mais, en même temps, elles renversaient le principe fondamental de l'unité, car elles excitaient réciproquement leurs alliés au nom de la liberté, ou plutôt de rindépendance de chaque république et du morcellement de la Grèce. Le but poursuivi ne pouvait être atteint même par l'écrasement de l'un des deux adversaires; ils ne l'atteignirent pas, après un demi-siècle de luttes dans lesquelles nul ne l'emporta d'une manière définitive. C'est alors que deux autres tribus, celles qui, d'après les traditions, avaient, de concert avec lesDoriens,
renversé la constitution homérique, entrèrent en lice, les Béotiens sous le Thébain Épaminondas, les Thessaliens sous Alexandre de Phères; mais, les conditions de la lutte étant toujours les mêmes, ils réussirent encore moins que les Athéniens et les Spartiates à reconstituer l'unité nationale.
Cet insuccès, malheureux en lui-même, le fut plus encore parles calamités morales et matérielles qu'il provoqua. Une guerre civile de cinquante ans amena toutes les tristes conséquences que traînent après elles ces luttes fratricides, surtout Jorsqu'elles n'aboutissent pas à une victoire ou à une transaction définitive. Qui ne se rappelle le sombre tableau que Thucydide fait de la Grèce ? Tous les sentiments nationaux s'altérèrent pendant ces dissensions, dans le cours desquelles furent violées toutes les lois divines et humaines. Les Athéniens et les Spartiates, les Spartiates surtout, n'hésitèrent même pas à implorer le secours de ces Perses, qu'ils avaient jadis expulsés du sol hellénique après une lutte difficile efc glorieuse ! La force matérielle de la nation disparaissait aussi au milieu de celte perversion morale. On s'aperçut alors que la Grèce, en développant outre mesure l'esclavage, avait préparé sa ruine. Les esclaves comblèrent, il est vrai, le vide fait par l'émigration,' mais ne compensèrent que jusqu'à un certain point l'augmentation qui serait résultée du développement naturel de la population libre. En effet, les hommes libres formaient chez les anciens une classe qui n'avait pas à s'occuper de travaux manuels ; ils pouvaient donner tout leur