TRISTES RÉSULTATS DE CETTE LUTTE
temps aux intérêts publics, à la défense de la patrie, à la culture de la science, de l'éloquence, des arts. Les forces de ce groupe étaient donc supérieures à celles d'un même nombre d'hommes obligés en même temps à cultiver la terre et à s'adonner aux industries qu'exige la conservation de la société. Ce petit nombre d'hommes libres, que l'esclavage délivrait des humbles nécessités de la vie, pouvait se livrer exclusivement à de plus nobles travaux et satisfaire les plus sublimes aspirations de la nature humaine : par là ils ont pu développer, sans être distraits, toutes les qualités de leur puissant génie. Mais d'un autre côté, si propre qu'elle fût à amener une tension énergique de toutes les forces individuelles, morales et intellectuelles de la nation, cette organisation sociale devait forcément amener une décadence rapide. Dans l'individu, le génie a besoin du corps pour se manifester ; de même le génie exceptionnel d'un peuple, quel qu'il soit et à quelque point de perfectionnement qu'il soit parvenu, ne peut se soutenir historiquement et politiquement sans une certaine masse de population. Si, vers la fin du sixième et le commencement du cinquième siècle, la Grèce comptait plusieurs millions d'habitants, la moitié au moins était composée d'esclaves. Et comme, en règle générale, les hommes libres seuls pouvaient exercer des professions libérales, s'occuper de politique et servir dans l'armée, le chiffre des citoyens était faible relativement à l'étendue du pays. D'ailleurs on mettait toute sorte d'obstacles à son accroissement. Le seul fait de l'occupation du pays par
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les esclaves empêchait Je développement de la population active ; de plus, dans quelques républiques, dans des villes doriennes et béotiennes surtout, des mesures législatives entravaient la trop grande multiplication des hommes libres. Certes, le génie et l'éducation de ce petit nombre d'Hellènes étaient admirables ; aussi triomphèrent-ils brillamment des innombrables armées asiatiques qui les attaquèrent par terre et par mer au cinquième siècle. Toutefois ils ne durent pas leurs victoires à leur génie seulement, à leur persévérance, à leur armement supérieur, à toutes leurs autres qualités morales et politiques; ils les durent aussi à leur union temporaire sous une seule hégémonie : c'est elle qui leur permit d'opposer aux armées des Perses de soixante-dix à quatre-vingt mille hommes à Salamine, et plus de cent mille à Platées. Cette condition était indispensable. Les masses de Xerxès furent vaincues parce qu'elles n'avaient ni héroïsme ni art militaire; mais la Grèce, malgré sa science et son patriotisme, aurait succombé, si elle n'avait eu à son service un nombre considérable de combattants. Dans la suite, la Grèce se divisa en deux camps ; ces deux camps, qui n'étaient composés que d'hommes libres, se firent la guerre pendant cent cinquante ans environ ; c'était toute la population active de la contrée; il fallait bien qu'elle dépérît. Sparte comptait au commencement huit mille citoyens; elle n'en avait plus que mille à la fin de la lutte. Ce chiffre tomba même bientôt après à sept cents, dont cent seulement possédaient des terres et jouissaient de tous les droits du ci-