EXPLICATION DE CETTE CONDUITE
siècles, l'Eglise d'occident s'était trouvée en présence de souverains qui n'étaient ni aptes ni disposés à intervenir dans ses affaires. U lui fut donc aisé de ne pas se laisser entamer par de tels adversaires. Les papes, d'ailleurs, parvinrent à garder longtemps un pouvoir temporel' qui suffisait à leur sûreté personnelle. Enfin, à cette époque, les peuples d'occident montraient peu de goût pour la controverse et les spéculations philosophiques ; l'hérésie ne gagna guère de terrain chez eux avant le douzième siècle, et l'orthodoxie demeura toute puissante. Comme il n'y avait pas de discussions sur le dogme l'Église catholique n'a pas eu à faire de concessions à ce sujet. Il est vrai qu'elle finit par combattre vaillamment pour la défense de ses intérêts temporels; mais dans cette lutte elle fit preuve d'un esprit pratique plutôt que d'indépendance morale. Il est vrai aussi qu'elle ne cessa de se montrer hostile à Constant! nople ; mais cette opposition était d'autant plus aisée qu'elle était faite à des souverains éloignés, que les papes avaient rarement à les redouter, et que le débat roulait sur des hérésies et des dogmes étrangers aux peuples d'occident. Les papes, tranquillement assis sur un terrain solide regardaient nos empereurs luttant contre une mer en fureur pour sauver l'hellénisme ; et de là ils fulminaient contre l'équipage, chaque fois qu'il Im fallait sacrifier une partie de sa cargaison pour éviter le
naufrage. .
En orient, les hérésies étaient incessantes, puissantes et variées ; les ennemis du dehors, sectateurs de reli-
gions ou\erlement hostiles, les Perses d'abord, les Ara bes ensuite, essayaient de profiter de ces discordes ciyiles. C'est ce qui rendit inévitable l'intervention du pouvoir temporel entre l'orthodoxie et l'hérésie. Mais la monarchie imposa-t-elle, sans rencontrer de résistance, sa volonté à l'Église? La foule et l'importance des hérésies jusqu'au neuvième siècle prouvent que la liberté était grande chez nous dans les discussions religieuses et qu'on ne sauraitaccuserjustement de servilisme l'Église d'orient.
D'un autre côté, le clergé a souvent fait une opposition sérieuse au pouvoir temporel. Sous le règne d'Anastase, les patriarches Euthyme et Macédonius aimèrent mieux descendre de leur haute dignité que de se soumettre à la volonté de l'empereur. Les patriarches Germain, Nicéphore et Jean Grammaticus ne se conduisirent pas autrement sous Léon III, Léon V, Michel III et Théodora. Nous avons déjà parlé du courage avec lequel le patriarche Nicolas le Mystique résista au quatrième mariage de Léon VI ; on pourrait multiplier les exemples. Nous ne voulons pas dire qu'il n'y eut pas d'exception et que les patriarches ne cédèrent jamais aux intérêts et aux passions des chefs de TÉtat ; mais ils le firent le plus souvent pour épargner à l'État et à l'Église des épreuves qui pouvaient les mener à leur perte. Si les écrivains de l'occident ont tant de fois blâmé l'Église grecque, ils l'ont fait à l'exemple de leur souverain spirituel ; car celui-ci a de tout temps combattu une Église qui ne portait pas la main sur le pouvoir temporel.
Ce sont là les premiers et principaux motifs de la sé-