LES DETUX GRANDES CRISES
paration des deux Églises. Les différences dogmatique n'ont jamais été que de simples prétextes mis en avan pour les besoins de la cause; La vérité, c'est que les papes, non contents de la primauté qu'on leur reconnaissait, prétendaient aussi à la souveraineté sur l'Église d'orient et, par elle, à la domination sur l'empire. Il était naturel que notre Église, alliée de nos souverains, repoussât ces exigences. Mais en niant la souveraineté des papes, elle reconnut constamment, malgré les décrets des conciles œcuméniques de Constantinople et de Chalcédoine qui l'en dispensaient, la primauté de l'évêque de Rome. En effet, le troisième canon du deuxième concile œcuménique de Constantinople avait décrété : « que l'évêque de Constantinople, qui était la Rome nouvelle, devait partager la primauté avec l'évêque de Rome. » Le vingt-huitième canon du concile de Chalcédoine exprima la même pensée d'une manière encore plus explicite, en disantque l'évêque de Rome n'avait la primauté que parce qu'il résidait dans la capitale de l'empire.
Mais, vingt-cinq ans après la convocation de ce concile, Rome, occupée par les Germains, perdit cette qualité de capitale de l'empire. En vertu des canons précités, l'Eglise de Constantinople fut alors fondée à ne plus reconnaître au pape le droit de primauté. Elle ne le fit pas cependant. Insultée et attaquée par le souverain pontife, elle a toujours tenu au respect des traditions et des usages de l'Église. Les prétentions outrées de ce dernier la mettaient souvent dans la nécessité de combattre ; mais, dès
qu'elles se modéraient un peu.l'Église grecque reprenait ses anciennes relations de respectueuse déférence envers l'évèque de Rome. Il y eut deux fortes crises dans cette intermittence de paix et de guerre : l'une au neuvième siècle, sous Photius. l'autre au onzième, sous le patriarcat de Cyrille. Si modéré que l'on soit dans ses appréciations, on est forcé de reconnaître que, dans ces deux circonstances, ce furent les papes qui poussèrent les choses à l'extrême : Nicolas 1" déposa Photius, sans en avoir le droit; les légats de Léon IX prononcèrent, le 16 juillet 1054, sur la sainte table de Sainte-Sophie, au moment de la célébration de la messe, une excommunication scandaleuse contre Michel Cerularius et ses partisans ; ils leur adressaient, entre autres reproches msultants, celui d'être simoniaques, valaisiens, ariens, donatistes, nicolaïtes, sévériens, ennemis de Dieu, manichéens et nazaréens. En d'autres termes, ils présentaient l'Église d'orient comme entachée de toutes les hérésies qui avaient paru depuis l'avènement du christianisme. Dans l'un et dans l'autre cas, le schisme fut provoqué par l'ambition non moins que par les haines de l'Église d'occident.
Cependant, même après Photius, même après Michel Cerularius, l'Église grecque, tenant pardessus tout à l'union du monde chrétien, reprit de la façon la plus calme ses relations avec l'évèque de Rome. Photius luimême, nommé de nouveau patriarche, s'efforça de faire oublier le passé : il s'empressa de notifier avec respect à Jean 1" son rétablissement sur le trône patriarcal, son-