CORRUPTION DE L'ÉGLISE DE ROME
gea à convoquer un concile à Constantinople pour sanctionner ee qui venait d'avoir lieu et invita le pape à y assister par ses légats. Jean 1" reconnut d'abord Photius et les décrets de ce concile, mais il ne tarda pas à 'changer d'avis et à prononcer de nouvelles excommunications. Ses successeurs Marin et Etienne II en firent autant. Ce dernier répondit à une lettre de Basile I" dans un style peu fait pour amener une réconciliation. « De même, disait-il, que Dieu nous a donné de régner sur le temporel, de même la fondation et les droits des Eglises de ce monde ont été fixés par Pierre, le prince des apôtres. Ignorez-Yous donc que la sainte Eglise des Romains est la maîtresse de toutes les autres? « 11 ne se borna pas à qualifier les papes de vicaires du premier des apôtres ; il se comparait bientôt après au Sauveur lui-même en s'écriant : « Celui (Photius) qui a souillé vos pieuses oreilles en parlant contre le bienheureux Marin, a blasphémé contre Notre-Seigneur Jésus-Christ. »
Au lieu de se modérer, les prétentions des évêques de Rome allaient grandissant, et cela dans un temps où l'Église romaine était arrivée à un degré inouï de corruption et d'immoralité. Depuis 882 jusqu'en 1049, de Jean I" à Léon IX, quarante-six papes montèrent sur le trône pontifical. Dans le même espace de temps, seize patriarches seulement furent élus à Constantinople. Ces -changements fréquents de papes prouvaient déjà que l'Église de Rome était minée par de grands désordres. Le fait est que la plupart étaient, pour ne rien dire de pis, des hommes peu dignes de respect. Telle fut alors
la déchéance morale à Rome et dans le reste de l'Italie, que cette époque fut qualifiée par les historiens de joornocratie. Un d'entre eux, l'Allemand Schlosser, fait remarquer avec raison que, s'il était au pouvoir de l'homme de détruire la vertu et la religion, elles auraient certainement péri alors dans ces contrées. Pourtant l'Église romaine avait le courage de lancer contre les chefs de l'Eglise et de l'empire d'orient Tinsulte et le mépris et d'empoisonner par toutes sortes de calomnies l'opinion des peuples d'occident. On peut lire les relations de l'évêque de Crémone, Luitprand : il alla deux fois à Constantinople, la première fois comme ambassadeur du roi d'Italie, Bérengerll, sous Constantin Porphyrogénète, la seconde fois, vingt ans après, comme représentant^de l'empereur d'Allemagne, Othon P% sous le règne de Nicéphore ; ses écrits sont des monuments singuliers de cette guerre incessante de l'Église romaine. Ces rapports d'un homme, qui ne s'est distingué que par son ingratitude pour son premier maître et sa bassesse envers le second, fourmillent de médisances et de mensonges au point d'avoir soulevé l'indignation de plusieurs historiens occidentaux: Celui que nous venons de citer a dit que « Luitprand était plus fait pour jouer la comédie que pour faire réussir une mission diplomatique. » Pourtant ces pamphlets ridicules n'ont pas peu contribué à augmenter les préjugés des peuples occidentaux contre la race grecque et à exalter les passions entre les deux mondes. Notez qu'ils avaient été écrits au moment où Rome se trou-
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vait dans la situation déplorable que nous venons de signaler ; l'Église d'orient avait au contraire à sa tête des hommes dont plusieurs se sont distingués par leurs vertus et par leur caractère, et tous, un ou deux au plus exceptés, n'ont jamais causé le moindre scandale dans le monde chrétien.
Quelle raison empêcha ces hommes de rompre toute relation avec l'Église romaine, ou tout au moins de cesser de reconnaître la primauté de son chef? Le désir de ne pas toucher, en ce qui les concernait, à l'ordre de choses établi depuis des siècles et de ne pas soulever, malgré les motifs les plus plausibles, des discussions au sein de l'Église du Christ. Même après la violente querelle survenue sous le patriarcat de Cérularius, l'Eglise d'orient reprit ses relations avec celle de Rome. Heureusement la corruption, qui dominait à Rome au onzième siècle, disparut peu à peu au siècle suivant. Des hommes plus dignes montèrent alors sur le trône pontifical, un homme de génie entre autres, Grégoire VII. A l'avénement de ce dernier, Michel VI Doucas lui envoya une ambassade, et Grégoire lui adressa Dominique, patriarche de Venise, avec une lettre dans laquelle il exprimait le vœu de voir la paix s'établir sur toute la terre et notamment entre les Églises de Rome et de Constantinople. Mais un esprit aussi impérieux et aussi pratique que Grégoire VII ne devait pas se contenter de ces démarches indirectes et pacifiques. Aussi changea-t-il bientôt de système et tenta-t-il de trancher avec l'épée ce différend séculaire.
On a dit souvent que les croisades ont été entreprises pour sauver le christianisme d'orient des souffrances qu^il endurait et des dangers dont il était menacé de la part de mahométans. Ce fut là le prétexte de ce grand mouvement ; les diverses péripéties de la lutte et son résultat final prouvent jusqu'à Févidence que l'on se proposait encore autre chose. J'ai déjà dit que les Arabes avaient été complètement humiliés dès le dixième siècle en orient. Il est vrai que les Turcs Seldjoucides prirent à cette époque vis-à-vis de l'empire une position d'autant plus menaçante que des troubles graves étaient survenus à Constantinople. Cette ville était tombée, au milieu du onzième siècle, entre les mains des femmes, derniers rejetons de la dynastie macédonienne. Les Turcs profitèrent de ces circonstances pour s'emparer de quelques contrées de l'Asie Mineure et de la Syrie. La puissance des Seldjoucides ne fut pas de longue durée ; ils se maintinrent dans l'Asie Mineure, mais ils furent délogés do la Syrie par d'autres tribus turcomanes. Ces nouvea'lix envahisseurs firent subir de cruels traitements aux chrétiens indigènes aussi bien qu'aux hommes pieux qui se rendaient en pèlerinage à Jérusalem. Au onzième siècle, l'empire essuya donc des revers en orient.
Toutefois, dès 1081, bien avant la première croisade, une nouvelle dynastie était montée sur le trône de Constantinople en la personne d'Alexis Comnène. Ce prince fut forcé, aussitôt après son avènement, de donner à l'Europe une preuve de ses vertus militaires, quand il attaqua et détruisit les meilleurs soldats de l'occident;