‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 123 sur 179 · FAUSSETÉ DES LETTRES ATTRIBUÉES A ALEXIS · texte numérisé non relu

FAUSSETÉ DES LETTRES ATTRIBUÉES A ALEXIS

les Normands. L'Europe pouvait donc être sûre qu'Alexis Comnène ne tarderait pas à mettre un frein aux déprédations des Turcs, qui venaient d'entrer en campagne. On objectera qu'Alexis implora par lettres et par ambassadeurs le secours de Toccident contre les Turcs. Les historiens orientaux contemporains ignorent complètement l'existence de ces lettres et l'envoi de ces ambassadeurs. Anne Comnène n'attribue le mouvement des croisades qu'aux sermons de Pierre l'Ermite. Elle ne fait mention d'aucune demande de secours ; elle parle, au contraire, de l'expédition comme d'un événement inattendu et la considère de prime abord comme une entreprise hostile à l'empire d'Orient. Ces lettres portent d'ailleurs en elles-mêmes l'empreinte incontestable d'un faux commis pour donner quelques apparences de droit à l'invasion ; elles avaient pour objet d'avilir les empereurs grecs et de préparer en même temps les esprits au pillage et au partage projeté de l'empire. « La conquête turque, disent-elles, est le plus grand des malheurs qui puisse arriver à un souverain chrétien ; nous croyons tout permis pour l'éviter. La perte de k couronne est un léger malheur, comparée à la honte de voir notre empire soumis à la loi de Mahomet. S'il est de notre destinée de cesser de régner, ayons au moins la consolation de penser que la souveraineté de ces pays tombera entre les mains des Latins, et qu'ils seront préservés ainsi du joug des musulmans. » Mais si les Seldjoucides arrachèrent quelques contrées de l'Asie Mineure, l'empire était encore puissant et vaste,

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comme Font prouvé tous les événements du siècle suivant. Non-seulement sous Alexis, mais sous Jean son fils et Manuel son petit-fils, Constantinople était loin d'être menacée par des dangers qui puissent expliquer ces cris de désespoir. Est-il vraisemblable qu'Alexis ail offert avec cet empressement son empire aux Latins? Quatre siècles plus tard, l'empire était morcelé et livré à l'anarchie, grâce aux croisades, et les Turcs Osmanlis avaient réduit l'hellénisme à la seule ville de Constantinople ; les empereurs implorèrent le concours de l'Europe : pourtant ils n'ont jamais entendu par là se soumettre à l'étranger. Les auteurs de ces faux, dans leur aveugle passion, font dire à Alexis des choses bien plus monstrueuses encore. A les en croire, il aurait invité les barons et les chevaliers de l'occident à piller le trésor public et les richesses des habitants ; il les conviait à s'emparer des objets précieux des églises ; il finissait même par faire une description attrayante de la beauté des femmes grecques, dont la possession devait couronner les exploits de leurs libérateurs. Ce qui met le comble à l'invraisemblance de ce pastiche historique, c'est que les textes de ces pièces imaginaires ne sont pas même identiques. Le recueil intitulé Thésaurus novus anecdotorum, de Martenne et Durand, contient une lettre de l'empereur à Robert, comte de Flandre ; cette lettre se retrouve dans VAmplissima collectio de ces mêmes éditeurs avec des variantes et une autre date : la première est datée de l'an 1095, la seconde de 1100. Cette dernière date surtout dénonce le faux d'une manière

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