EXPÉDITION DE ROBERT GUISCARD
a ses décrets. Sa voix fut respectueusement écoutée en Espagne, en Bohême, en Suède, en Norvège, en Danemark, en Slavonie, en Croatie, en Dalmatie. Seuls, les rois d'Angleterre et de France et l'empereur d'Allemagne n'entendaient pas céder à ses prétentions. Il recula devant Guillaume le Conquérant et Philippe I"; mais il profita de l'opposition que Henri IV rencontrait en Allemagne pour lui faire, à partir de 1076, une guerre longue et acharnée. Henri IV fut d'abord tristement humilié ; mais Grégoire, vaincu à la longue, fut exilé à Salerne, où il mourut en 1085. Toutefois ces diversions ne l'empêchèrent pas de donner un commencement d'exécution aux entreprises de l'Europe occidentale contre Thellénisme.
Cinq ans avant sa mort, au plus fort de sa lutte contre l'empereur d'Allemagne, il apprit que Robert Guiscard, souverain normand de la Sicile et de la basse Italie, se préparait à marcher contre l'empereur d'Orient. Les Normands, qui n'ont donné leur nom à aucun des Etats modernes, devaient cependant accomplir, au milieu du onzième siècle, deux actes qui ont exercé une immense influence sur la civilisation moderne. Sous le commandement de Guillaume surnommé le Conquérant, ils s'emparèrent de l'Angleterre; ils y établirent un état politique et social qui fait encore le fonds de la constitution de ce grand pays; sous un autre chef, Robert surnommé Guiscard ou rusé, ils furent, à la même époque, les premiers auteurs de la rupture, depuis longtemps. préparée, qui devait plus tard ame-
ner la conquête de Torient. Ce fut sous le règne de Basile II le Bulgaroctone, que les premières bandes de Normands apparurent dans la basse Italie, où ces aventuriers servirent d'abord comme mercenaires sous les exarques de Constantinople. Peu après ils s'établirent dans ce beau pays en profitant des querelles des empereurs d'Orient et d'Allemagne et des troubles qui suivirent l'extinction de la dynastie macédonienne et durèrent jusqu'à l'avènement des Comnènes. En 1057, Robert Guiscard, devenu chef du nouvel État fondé par ses compatriotes, commença à consolider et à augmenter leurs premières conquêtes. Egalement hostile aux deux empereurs qui se disputaient la presqu'île italienne, Robert chercha un autre allié : c'était l'évêque de Rome. Placé dans une situation analogue vis-à-vis des deux potentats, le pontife accepta avec empressement les offres de service du chef normand ; il le reconnut duc de Calabre et d'Apulie, et de plus duc de la Sicile, bien que cette île fut encore occupée par les Arabes. Fort de cette puissance morale, Robert enleva, par son frère Roger, la Sicile aux musulmans affaiblis et divisés, et compléta, de son côté, la conquête de l'Italie du sud jusqu'aux confins de l'État pontifical. Il jeta alors un regard de convoitise sur l'empire situé à l'est de l'Adriatique.
Robert prépara son entreprise avec une ruse qui justifiait pleinement son surnom. La puissante dynastie des Comnènes n'était pas encore montée sur le trône de Constantinople. En 1071, l'empire était tombé entre les mains de Michel VII, dont les conseillers pensèrent avec