‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 126 sur 179 · EXPÉDITION DE ROBERT GUISCARD · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE ROBERT GUISCARD

raison qu'il était inutile de songer à reprendre la basse Italie. Ce pays, éminemment occidental, n'était pas une possession naturelle pour l'empire d'Orient, qui s'y était maintenu jusqu'alors plutôt par amour-propre que par un intérêt politique bien entendu. Le gouvernement de Constantinople songea donc à entrer en relations d'amitié avec Robert. On résolut de faire épouser sa fille Hélène à Constantin, fils de Michel VII. La fiancée^ trop jeune encore, avait été envoyée à la cour de Constantinople où elle devait être élevée jusqu'à son mariage. Mais dans l'intervalle Botaniate déposa Michel et le fit enfermer dans un couvent avec toute sa famille et avec la fille de Robert. Cet acte aurait suffi pour donner au prince normand un prétexte plausible de déclarer la guerre : il pouvait se présenter comme l'allié et le vengeur du père de son futur gendre. Mais, pour mieux s'assurer du succès, Robert eut recours à un stratagème qui caractérise les mœurs publiques et privées de cette époque. Les relations des deux Églises n'étaient pas encore rompues : il y avait un échange naturel de pèlerins entre l'orient et l'occident. Robert résolut de profiter de cette circonstance. Il envoya en Calabre deux officiers fidèles auxquels il donna l'ordre de chercher, parmi les pèlerins qui s'y rendaient de Grèce, un moine qui eût quelque ressemblance avec Michel VIL Bientôt les deux émissaires trouvèrent leur homme à Crotone ; c'était un moine nommé Rector, « intrigant et fourbe sans pareil, » dit Anne Comnène. Il appartenait, paraît-il, à une famille considérable et avait une certaine

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expérience du cérémonial de la cour d'orient, où il avait été employé auprès de Tempereur avant d'embrasser la vie religieuse. Rector accepta avec empressement la proposition de jouer le rôle de l'empereur Michel ; les émissaires de Robert lui écrivirent, selon leurs instructions, qu'ils venaient de découvrir à Crotone le beau-père de sa fille, qu'il s'était échappé de sa prison et venait implorer son secours. Robert, qui n'avait confié son projet qu'à ses deux émissaires, montre aussitôt leur lettre à sa femme, aux grands de sa cour, aux chefs de son armée. Tous l'engagent à exaucer la demande de l'empereur déchu, et Robert feint de céder à leurs représentations. Le moine est donc conduit à la cour ; on l'entoure de la pompe impériale, et il commence à représenter avec la plus grande habileté le personnage de Michel. Il raconte, les larmes aux yeux, comment Botaniate, lui ayant enlevé sa femme, ses enfants et sa couronne, lui avait fait revêtir le costume des religieux; son crime était d'avoir résolu le mariage de son fils avec la fille du duc. Celle-ci gémissait dans le couvent où elle était enfermée, et l'usurpateur tremblait à la pensée que le courageux Normand pouvait prendre la défense de droits si sacrés. Rector faisait même semblant de taire une partie de ses malheurs pour épargner de pénibles émotions au cœur d'un ami ; mais, d'autre part, il en disait assez pour éveiller la cupidité de ces combattants, prodiguant en promesses des monceaux d'or. Robert, gémissant, ne ménageait ni les honneurs ni les marques de dévouement à l'imposteur ; les grands s'indignaient des retards apportés à l'expédi^

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