SECONDE CROISADE
Cette croisade fut provoquée par la prise d'Édesse^ principal boulevard des Latins, tombée Tannée précédente entre les mains des Seldjoucides. L'empereur d'Allemagne Conrad 111 et le roi de France Louis VII, qui se mirent à la tête de cette expédition, demandèrent successivement tous les deux à Manuel Tautorisation de traverser ses Etats. A l'arrivée de Conrad, sur le Danube, l'empereur lui adressa une ambassade pour lui demander l'assurance que ses troupes ne commettraient point de dégâts sur le territoire grec. Conrad et ses barons le promirent avec serment. Manuel s'engagea alors à leur donner des secours et des vivres dont ils devaient payer la valeur. Mais peu après les croisés se livrèrent à toutes sortes d'excès. Ils cessèrent de payer les vivres, qu'ils arrachaient par la violence ; ils profanaient les saints asiles et se prenaient de querelle avec la population et l'armée grecques. Manuel, inquiet et prévoyant, demanda à Conrad de ne pas venir à Constantinople, mais de gagner l'Asie par la Chersonnèse de Thrace. L'empereur d'Allemagne voulut d'abord résister à cet avis et prétendit qu'il devait être conduit sur la rive opposée avec toute la pompe impériale. 11 finit cependant par comprendre qu'il valait mieux se résigner, et il traversa l'Hellespont sur une modeste embarcation.
En ce moment le roi de France, Louis VII, arrivait à son tour sur les bords du Danube. Manuel l'obligea de jurer qu'il ne s'emparerait d'aucune ville de l'empire et qu'il lui rendrait toutes les conquêtes qu'il pourrait faire sur les musulmans. La première condition fut
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3i6 DÉCADENCE DE L'HELLÉNISME AU MOYEN AGE.
acceptée ; la seconde fut ajournée jusqu'à ce que le roi .se fût concerté avec Conrad. Quand l'armée française approcha de Constantinople , Manuel renouvela sa demande. Alors Tévêque de Langres, qui suivait le roi Louis, se répandit en injures contre la nation grecque et proposa au conseil, réuni pour délibérer sur la proposition de l'empereur, la prise de Constantinople. Sa proposition fut repoussée. Les Français jurèrent de se conformer aux propositions de Manuel et furent débarqués en Asie. Mais, non plus que les Allemands, ils n'y firent rien de remarquable. A la première croisade, les Latins .étaient parvenus à s'emparer de quelques villes de Syrie. La seconde fut complètement infructueuse et, comme le fait remarquer Michaud, ne fut signalée par aucun acte glorieux ou héroïque. Elle rendit plus évident le but réel de ces expéditions. La proposition de l'évêque de Langres n'avait pas été accueillie ; mais au même moment une attaque formidable se préparait en Europe contre la partie occidentale de l'empire.
Pendant que Conrad et Louis traversaient ses provinces du nord en ennemis plutôt qu'en alliés et forçaient Manuel à surveiller toutes leurs démarches, Roger II, roi de l'Italie inférieure et de la Sicile, marcha, en 1147, contre les provinces du midi. On disait même qu'il n'entreprenait cette expédition qu'en vertu d'un traité formel conclu avec l'empereur d'Allemagne. Une flotte de soixante navires se montra inopinément devant Corfou et s'en empara. Elle échoua devant Monembasie (Malvoisie), mais elle ravagea les côtes de Péloponèse et entra dans le golfe de Lépante.