TROISIÈME ET QUATRIÈME CROISADE
Ainsi entamé et miné de tous côtés, l'hellénisme ne pouvait conserver longtemps son unité politique, d'autant plus qu'il n'avait pas encore achevé de fondre en un seul tout les nations soumises à ses lois. Les Bulgares se révoltèrent et conquirent leur indépendance, et, s'ils ne devinrent pas aussi redoutables qu'autrefois, leur pays, un des plus fertiles de l'empire, n'en fut pas moins perdu pour lui. En 1180 mourut le dernier des grands empereurs de la dynastie des Comnènes ; après quelques troubles, la famille des Anges Comnènes, qui ne fut pas à la hauteur des circonstances, lui succéda sur le trône. Des provinces, sous des chefs puissants, se séparaient de l'État. Le Pont et la Paphlagonie formèrent un royaume indépendant sous un souverain hellène. 11 en fut de même de Chypre. Dans la Grèce proprement dite, les Chamarètes et les Sgouros établirent des dynasties presque indépendantes à Nauplie et à Sparte. Pour ajouter à tous ces malheurs, deux nouvelles tourmentes survinrent du côté de l'ouest. L'œuvre accomplie par les chrétiens en Syrie menaçait ruine; Jérusalem même fut prise, le 3 octobre 1187, par Saladin (Salah-eddin), sultan d'Egypte. C'est au milieu de ces tristes circonstances que fut entreprise la troisième croisade, et peu après la quatrième. La troisième n'ébranla que faiblement l'empire d'Orient. Il parut d'abord que la quatrième n'aurait pas non plus une grande influence sur sa destinée, les croisés ayant résolu d'aller, chercher par mer les musulmans en Egypte. Mais, si l'esprit qui au moyen âge animait l'Europe occidentale contre l'hellé-
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nisme disparaissait par intervalles, si l'intention de délivrer les lieux saints, sous laquelle on cachait le but originel de ces guerres, l'emportait un moment, la convoitise était si grande qu'un orage devait infailliblement éclater un jour ou l'autre sur Constantinople. Les chefs secondaires de la quatrième croisade, qui pensaient sincèrement à la conquête de l'Egypte, entrèrent en négociations, avec la république de Venise. Un homme de génie était alors assis sur le trône ducal : Henri Dandolo était l'incarnation vivante de l'esprit de son temps ; il était bien vieux, mais ses passions étaient toujours jeunes. Il nourrissait depuis sa jeunesse des projets ambitieux contre Constantinople ; il sut compliquer les négociations au point d'amener les croisés à renoncer à la conquête de l'Egypte et à prendre la route de la capitale grecque. Dandolo avait commencé par promettre de transporter les croisés en Egypte, de leur fournir des munitions de bouche et de les soutenir pendant un an avec cinquante galères, moyennant le payement de 85,000 marcs d'argent. Cette somme, équivalente à 6 millions de francs, ne paraît pas à première vue trèsélevée pour l'entretien de quatre mille cinq cents chevaliers, de neuf mille varlets et de vingt mille fantassins. Par le fait elle était énorme, si l'on tient compte de la situation de l'Europe à cette époque. Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler que, lors de la première croisade, Robert, duc de Normandie, hypothéqua à son frère Guillaume, roi d'Angleterre, tous lc$ revenus àt son duché pendant cinq ans pour la «omme de