MACHINATIONS DE DANDOLO
10,000 marcs ; que le duché de Bouillon et le comté de la Marche furent vendus, le premier 4,000 et le second 6,000 marcs. L'argent était donc bien rare alors en Europe, et Dandolo pouvait être sûr d'avance que les croisés ne seraient jamais en état de payer les 85,000 marcs. Il était bien convaincu qu'il n'aurait pas à transporter l'expédition en Egypte ; car, peu de temps après, il envoya à Malek-Adcl, frère de Saladin, des ambassadeurs qui signèrent, le 13 mai 1203, une convention en vertu de laquelle des privilèges considérables et tout un quartier d'Alexandrie étaient cédés aux Vénitiens.
Sur ces entrefaites, Constantinople avait été le théâtre de troubles pi'opres à favoriser les projets de llandolo. Les maux qui de l'occident fondirent sur l'empire, n'avaient que trop bien préparé sa dissolution. I-*es brillantes annccî< do la Réformation, do k dynastie macédonienne cl de la dynaîilic des Comnènes étaient passées. Des u$agc:< funestes suii^ironl de nouveau. Un rejeton dégénéré de la famille de* Comnène:^, Andronic petit-neveu d*Alcxis, alliant à de* qualités militaires remarquables une singulière pcnersitc de caractère, mit à mort .\lexis II, successeur de Manuel, cl dc:shonora par des excès de tous genres le trône sur lequel il s'était assis. II fut déposé et condamné :\ une mort affreuse par Isaac l'Ange. Ce fondateur d'une nouvelle djnaslie ne pouvait guère suffire aux mille difficultés de la sitiiation. Son frère Alexis III lui ût crever les yeux cl s'empara du pouvoir .souverain.
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Mais, peu après, le fils d'Isaac, appelé aussi Alexis, parvint à s'échapper de Constantinople et se rendit, en 1201, à Rome et en Allemagne : il allait implorer le secours du pape et de Tempereur Philippe, son beaufrère, pour l'aider à remonter sur le trône usurpé de son père. Il promettait en retour Tunion des deux Églises et son concours pour la conquête des lieux saints. Philippe ne pouvait venir au secours de son beau-frère ; mais, comme il était très-lié avec Boniface, chef des croisés, il put leur faire changer de route et les pousser sur Constantinople. L'évêque de Rome avait ratifié le traité passé entre Venise et les croisés à la condition qu'on ne ferait pas la guerre à des chrétiens ; il sembla d'abord vouloir maintenir cet engagement; toutefois, séduit par l'occasion de voir enfin sa domination spirituelle établie en orient, soit par l'avènement d'Alexis, soit par la conquête pure et simple de l'empire, il ne fit rien de sérieux pour empêcher Texécution de ces nouveaux projets. Les croisés, dont la plupart ignoraient les intérêts latents qui s'agitaient dans la question, commencèrent à se réunir à Venise dans les premiers jours de 1202. Quand on fit le dénombrement, on ne trouva que mille cavaliers et dix mille fantassins : le plus grand nombre avaient pris d'autres voies pour se rendre en Palestine. Dandolo n'en exigea pas moins le payement intégral de la somme convenue, sous le prétexte qu'il avait équipé la flotte pour le transport de l'armée entière. Les chefs étaient dans un embarras extrême. Ils recueillirent tout ce que chacun d'eux pou-
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