‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 132 sur 179 · PRISE ET SAC DE ZARA · texte numérisé non relu

PRISE ET SAC DE ZARA

vait ofTrir, donnèrent tout ce qu'ils avaient, contractèrent des emprunts à des taux usuraires ; cependant ils parvinrent à peine à réunir la moitié de la somme due aux Vénitiens. Dandolo, faisant alors semblant d'avoir pitié de ces soldats de la croix, leur fit entendre qu'il pourrait renoncer au reste de la créance s'ils lui promettaient une partie du butin qu'ils feraient à leur première conquête. Cette proposition fut acceptée. Dandolo leur fit alors remarquer que la traversée de Venise en Egypte était dangereuse dans cette saison (on était à la fin du mois d'août), et que l'on pourrait, pour ne pas passer tout l'hiver dans l'inaction, assiéger, en attendant, la ville dalmate de Zara, enrichie par la piraterie et ennemie de Venise. Un grand nombre de croisés ne pouvaient concilier leur serment de ne marcher que contre les mahométans avec cette proposition de détruire une ville chrétienne. Innocent III s'opposa à l'expédition en menaçant d'excommunication ceux qui y prendraient part. Quant à Dandolo et à Boniface, sans se laisser intimider par cette menace, ils marchèrent contre Zara dont ils s^emparèrent au mois de novembre. Les habitants eurent la vie sauve, mais furent dépouillés de tous leurs biens. La meilleure partie du butin fut allouée à Venise. Alors on commença à murmurer : Innocent venait de lancer son excommunication. Boniface ne recula pas ; sachant que la prise de Zara était le premier pas dans l'agression méditée contre l'empire d'Orient, sur lequel il espérait se dédommager, il chercha à calmer les esprits et entra en négociations pour ame-

ner un arrangement avec le pape. Innocent III commença à fléchir : il persistait bien à désapprouver ce qui avait été fait et il interdisait toute agression nouvelle contre les chrétiens ; mais il insinuait que les orientaux avaient commis des crimes devant Dieu et devant l'Eglise, qu'ils s'obslinaient à ne pas reconnaître la suprématie spirituelle du pape, que l'empereur Alexis III s'était livré aux pi us violents excès contre son frère, son légitime souverain. Il ajoutait bien que la mission des croisés n'était pas de punir ces crimes. Mais Dandolo et Boniface comprirent le véritable sens de ces contradictions. Si non-seulement Alexis, mais tous les orientaux étaient coupables, on ne pouvait blâmer ceux qui se proposaient de les châtier. Forts de cette interprétation, ils procédèrent à l'accomplissement de leurs projets avec d'autant plus d'assurance que les opposants de l'armée avaient quitté la croisade pour rentrer dans leurs foyers.

Le 1" janvier 1203, on vit paraître à Zara les ambassadeurs de Philippe et de son beau-frère Alexis le jeune. Ils annonçaient l'arrivée prochaine du prince grec, qui les avait chargés de déterminer par un traité définitif les conditions auxquelles les croisés l'aideraient à recouvrer son trône. Alexis s'engageait à entretenir pendant une année entière toute l'armée, à payer 100,000 marcs aux Vénitiens et une somme égale aux croisés, à leur fournir un corps auxiliaire de dix mille hommes et, jusqu'à sa mort, un contingent annuel de cinq cents hommes pour la défense

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