‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 134 sur 179 · PRISE ET PILLAGE DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

PRISE ET PILLAGE DE CONSTANTINOPLE

naître le nouvel empereur. Alexis IV parvint à payer 100,000 marcs sur-le-champ ; mais il devait encore une somme égale et des frais considérables exigés parla prochaine expédition de Palestine. Les alliés furent donc priés de l'ajourner au printemps suivant. Sur ces .entrefaites, Alexis IV envoya à Rome sa profession de foi et engagea le patriarche Camatéros à proclamer dans Sainte-Sophie Innocent III comme le premier représentant de Jésus-Christ sur la terre. Mais le peuple et le clergé abhorraient l'union. La déclaration d'une simple primauté ne répondait pas non plus aux espérances de l'évêque de Rome : le pape prétendait avoir un droit complet de juridiction sur l'Église d'orient et sanctionner la nomination de ses hauts dignitaires. Alexis IV s'attira la haine de ses sujets sans parvenir à satisfaire les étrangers. Une rixe entre les partisans des deux religions et entre les hommes des deux races ensanglanta les rues de Constantinople et amena de grandes catastrophes. Alexis, enfin convaincu qu'il lui était impossible de tenir ses engagements pécuniaires, le signifia à Boniface et à Dandolo avec une certaine impatience vers la fin de novembre 1203. Les croisés lui déclarèrent alors officiellement la guerre et en vinrent à l'exécution des projets qu'ils n'avaient jamais cessé de nourrir. Le siège dura quatre mois ; des hommes de cœur, parmi lesquels Alexis Doucas Mourtzouphlos, Théodore Lascaris et Théodore Doucas, avaien entrepris de défendre la ville. Dans cet intervalle mourut le vieil Isaac, et Alexis IV, accusé de vouloir livrer

Conslantinople aux Francs, fut mis à mort. Les troubles qui s'en suivirent rendaient désormais toute résistance inutile. Les Francs, qui avaient déjà incendié les faubourgs, pénétrèrent, le 13 avril 1204, dans l'intérieur de la ville et la livrèrent au pillage, détruisant toute la richesse publique et privée de la capitale. Dès que le calme se rétablit, les croisés proclamèrent Baudouin, comte de Flandre, empereur d'Orient, et le Vénitien Morosini patriarche de l'église grecque. L'élection de ce dernier fut sanctionnée plus tard par Innocent III.

Ainsi s'accomplit le rêve depuis si longtemps caressé en occident, la conquête de Conslantinople et la soumission de l'hellénisme à l'évêque de Rome. Nous n'aurons pas la simplicité de traiter cette question au point de vue du droit ; mais on ne trouvera pas étrange que nous recherchions le profit qu'en a tiré l'Europe. Les Francs tentèrent d'introduire chez les Grecs deux institutions contraires aux opinions et aux mœurs du monde oriental, la souveraineté spirituelle du pape et le régime féodal. Une expérience de plusieurs siècles avait prouvé que l'hellénisme ne se soumettrait jamais à la domination de l'évêque de Rome, qu'il regardait comme pouvant porter atteinte à sa langue et à sa nationalité. Il était donc facile de prévoir que les Francs, en travaillant dans ce sens, ne feraient que saper dans ses fondements leur oeuvre de conquête. La féodalité non plus ne pouvait s'acclimaler chez nous : elle ne fit qu'augmenter la confusion et diminuer les ressources de l'État. L'empereur était regardé comme le chef suprême de

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