‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 135 sur 179 · EMPIRE LATIN. RÉGIME FÉODAL · texte numérisé non relu

EMPIRE LATIN. RÉGIME FÉODAL

Tempire, mais son pouvoir direct ne s'étendait qu'aux thèmes de l'Asie Mineure et à la Thrace. L'Italien Boniface de Montferrat reçut l'investiture de la Macédoine, de la Thessalie, de la Grèce proprement dite, qui formèrent le royaume dit de Thessalonique. Ce royaume, presque complètement indépendant, puisqu'il ne se rattachait à Tempire que par de faibles liens de vasselage, ne tarda pas à se mettre en état d'hostilité contre lui. Le Péloponèse, cédé d'abord aux Vénitiens, leur fut enlevé par le neveu de Geoffroy de Villehardouin, un des seigneurs les plus renommés et les plus instruits de la quatrième croisade. Les Vénitiens, qui ne prirent réellement possession dans cette presqu'île que de Coron et de Modon, occupèrent directement ou indirectement toutes les îles, grandes et petites, et de plus s'approprièrent la moitié de Constantinople. Le nouvel État fut ainsi divisé en quatre parties aux termes même de sa loi constitutive. Il est vrai que Boniface, Dandolo et Villehardouin prêtèrent serment de fidélité à l'empire ; mais ils ne remplirent jamais les obligations que ce serment leur imposait ; ils ne tardèrent pas à se faire la guerre entre eux et à attaquer l'empereur lui-même. L'anarchie devint d'autant plus grande que chacun de ces grands vassaux en avait de moindres sous ses ordres. Le plus étrange, c'est que parfois un grand vassal, qui était censé relever immédiatement du chef suprême de l'Etat, reconnaissait pourtant la suzeraineté d'un autre grand vassal de l'empire. Nous n'en rapporterons qu'un seul exemple, pour donner une idée de la confusion qui

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régnait dans les relations de ces nouveaux maîtres de lorient. On a vu que Villehardouin avait prêté serment de fidélité à Tempire ; il fit le même serment à Venise pour en obtenir, en H09, la reconnaissance de ses droits à la possession du Péloponèse. 11 est vrai que, d'après le nouveau traité, le serment était prêté sans préjudice des droits de Tempereur, dont Venise même reconnaissait la suzeraineté. Mais les intérêts de ces vassaux étaient souvent tellement contraires à ceux de l'empereur que ces diverses combinaisons ne pouvaient être prises au sérieux.

Les empereurs latins, eussent-ils été des hommes de haute valeur, pouvaient difficilement établir leur autorité au milieu d'un état de choses si anormal. Malheureusement un seul d'entre eux, Henri, frère et successeur de Baudouin P', se montra à la hauteur des circonstances. Un seul, disons-nous, car Baudouin P% qui ne se distinguait d'ailleurs que par ses vertus guerrières, avait péri, dès 1205, dans une guerre contre les Bulgares. Henri lutta de toutes ses forces pour contenir ses vassaux révoltés; mais il mourut en 1216, à l'âge de quarante ans. 11 avait été probablement empoisonné par le Lombard Biandrate, qui, après la mort prématurée de Boniface, prétendait gouverner à sa guise le royaume de Thessalonique. Depuis cette catastrophe, toute union devint impossible sous les faibles successeurs de Henri et les petits Etats francs continuèrent à exister d'une manière indépendante de l'empire.

Les affaires religieuses ne furent pas mieux réglées.

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