ANARCHIE DE L'ÉGLISE LATINE
A l'issue du siège, les Vénitiens se réservèrent la dignité patriarcale, cédant l'empire à leurs alliés. Mais, pour conserver ce privilège, ils ne devaient faire entrer que des Vénitiens au chapitre de Sainte-Sophie, car si d'autres Latins étaient venus à s'y introduire, rien ^ ne les aurait empêchés d'élire un patriarche étranger à Venise. Aussi les Vénitiens et leur patriarche Morosini insistaient-ils pour recruter exclusivement ce clergé parmi les hommes de leur nation ; mais les Francs, soutenus par le pape et par son légat à Constantinople, s'y opposèrent, protestèrent et finirent par former une Eglise séparée sous l'autorité du cardinal-légat Bénédict. Notez que l'ancienne colonie franque continuait à reconnaître, comme avant la prise de Constantinople, la suprématie spirituelle du patriarche de Venise résidant à Grado, et que les Pisans et d'autres étrangers avaient également un chef spirituel à eux. Il en résulta que Constantinople posséda alors quatre Églises latines, dont deux, celle de Morosini et celle de Bénédict, se querellaient entre elles avec non moins d'acharnement qu'avec l'Eglise grecque. Enfin Morosini fut forcé d'ouvrir aux étrangers le chapitre de Sainte-Sophie. Cette concession ne rétablit pas Punion dans l'Église. Les prétentions souveraines du pape étaient telles, que l'empereur Henri lui-même se vit contraint de les combattre. Aussi Morosini fit-il alliance avec Henri et le suivit-il à Thessalonique, où l'empereur s'était rendu pour y faire cesser l'anarchie. Le premier patriarche catholique mourut dans cette ville, en 1211. Le parti français et le parti vénitien,
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s*étant alors de nouveau séparés, élurent chacun son patriarche. Il s'en suivit de nombreuses et scandaleuses complications; quand enfin les Français consentirent à nommer un Vénitien, ce furent les Vénitiens qui se divisèrent entre eux. La confusion arriva à son comble. Innocent III envoya, au mois d'août 1213, le cardinal Pelage pour régler définitivement la question patriarcale et compléter l'œuvre de la soumission de l'Église grecque. Mais Pelage échoua complètement dans sa double mission. Aux dissensions intestines du catholicisme vint s'ajouter l'indignation des sujets orthodoxes de l'empire, envers lesquels le cardinal légat s'était conduit d'une manière peu chrétienne. Il avait menacé de mort ceux qui n'obéiraient pas à ses ordres, fermé les temples, emprisonné des moines et des prêtres séculiers. Ces vexations amenèrent un soulèvement des habitants de Constantinople ; leurs notables, s'étant rendus auprès de Henri, lui représentèrent qu'ils avaient soumis leur corps à son autorité, mais qu'ils n'entendaient pas aliéner aussi leur âme, et ils déclarèrent nettement qu'ils se verraient forcés d'émigrer en Asie s'il ne mettait fin à un état de choses intolérable. Henri comprit qu'il était urgent de donner une satisfaction à ses sujets ; malgré l'opposition de Pelage^ il ordonna la réouverture des temples, la mise en liberté des prêtres et des moines, et permit aux Grecs de porter plainte à Rome contre leur persécuteur. Us le firent avec beaucoup d'énergie, et demandèrent la convocation d'un concile œcuménique. Ce concile se réunit en 1215, à Saint-Jean de Latran; il