‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 137 sur 179 · ANARCHIE DE L'ÉGLISE LATINE · texte numérisé non relu

ANARCHIE DE L'ÉGLISE LATINE

n'exauça pas les vœux des Grecs ; au contraire il condamna de nouveau leurs dogmes comme hérétiques; mais il fit au moins cesser les dissensions intestines des Francs. Les deux prétendants au trône patriarcal ayant abdiqué, on y fit monter le Toscan Gervais. Toutefois, à sa mort, arrivée quatre ans après, les Vénitiens ayant fait élire Mathieu, un des leurs, la discorde se renouvela à Constantinople.

Cette situation ne pouvait que réagir sur les provinces. La plus grande anarchie régnait dans les affaires religieuses du royaume de Thessalonique. L'archevêque Guérin était en lutte ouverte avec le pouvoir séculier, qui avait défendu aux sujets la remise de la dîme et de tout autre droit, et qui prétendait aussi administrer à sa guise les biens des riches couvents du pays. Pire encore était la situation dans le Péloponèse. Les évêques latins se querellaient sur les limites de leurs diocèses respectifs ; le bas clergé leur était hostile, et les Templiers, auxquels Villehardouin avait fait de riches concessions, étaient constamment en lutte avec l'archevêque de Fatras, primat de l'église latine du Péloponèse. Villehardouin et les barons ses vassaux ne se contentaient pas de retenir la dîme ecclésiastique ; ils portaient atteinte même aux intérêts spirituels. La plupart des biens d'Église furent réunis au domaine de l'État ; toutes les affaires civiles furent placées sous la juridiction du pouvoir temporel, au grand scandale du clergé qui, habitué à intervenir en occident dans les choses temporelles, voyait le prince administrer, souvent d'une manière

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arbitraire, les biens mêmes qui avaient été cédés à l'Église. Tous les prêtres et moines grecs furent enlevés à la juridiction de l'Église latine et ne payèrent d'impôts qu'au -souverain. [1 fut sévèrement défendu de faire des legs à l'Eglise. Peu de temps après, les barons établis à Patras poussèrent les choses encore plus loin. S'étant pris de querelle avec l'archevêque, ils le firent emprisonner, maltraitèrent son légat et finirent par lui couper le nez. La situation de l'Église latine n'était pas meilleure dans le reste de la péninsule. Geoffroy II, fils et successeur du premier prince de Morée, confisqua toutes les propriétés du clergé et ne les rendit, plusieurs années après, qu'en retenant les trésors et les biens meubles et en réduisant la dime pour tout le Péloponèse à la somme ridicule de 11,200 francs de nos jours. Ainsi l'empire latin de Constantinople commença à tomber en lambeaux dès le principe ; après des luttes séculaires et des triomphes momentanés, la papauté eut la douleur de se voir cruellement combattue par le pouvoir politique qu'elle-même avait institué en orient.

Au milieu de ces nombreuses complications, l'hellénisme ne resta pas inactif. Vaincu d'abord, il ne tarda pas à se relever et à attaquer de tous côtés le régime fantaisiste que l'Europe occidentale prétendait lui imposer. Un des derniers et braves défenseurs de Constantinople, Théodore Lascaris, gagna l'Asie après la prise de cette ville. S'étant fortifié à Brousse, où il fut bientôt rejoint par de nombreux réfugiés, il commença aussitôt à faire la guerre aux conquérants. Une grande assem-

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