‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 139 sur 179 · ÉTAT PITOYABLE DE L'EMPIRE LATIN · texte numérisé non relu

ÉTAT PITOYABLE DE L'EMPIRE LATIN

dresse des empereurs latins que les pays si riches, si commerçants et si industrieux qu^ils avaient conquis, étaient bientôt tombés dans la plus grande indigence. Réduits aux abois, les successeurs de Baudouin et de Boniface avaient été forcés d'enlever jusqu'au plomb qui couvrait les églises elles palais, pour le transformer en une misérable monnaie. Maîtres de cette ville qui, un siècle auparavant, versait à elle seule plus de cent millions de francs (monnaie ancienne) au trésor, ils s'étaient vus réduits à vendre les reliques des saints et à emprunter à des particuliers. Baudouin II s'était rendu deux fois dans l'Europe occidentale pour demander des secours en hommes et en argent. La première fois, on lui avait donné quelques subsides, dont il ne sut tirer aucun parti. Lors de son second voyage, en 1248, il n'avait pu rien obtenir. De retour à Constantinople, il avait demandé au commerce de cette ville 24,000 ducats d'orient ou 268,000 francs. Puis, cette somme épuisée, il avait tendu la main tantôt à l'un, tantôt à l'autre ; il avait fini par mettre en gage sonTils unique, Philippe, à la maison de banque Ange et Jean Ferry. Cette misère fut suivie d'un extraordinaire abaissement moral, les descendants des fiers croisés qui étaient venus conquérir l'orient ne conservèrent aucune des qualités de leurs pères. Robert, neveu et successeur de Henri, passait son temps à Constantinople dans des amours illicites. Ses barons, indignés, pénétrèrent un jour au palais impérial et coupèrent le nez à sa maîtresse^ dont ils étranglèrent aussi la mère.

Dans l'impuissance de se venger, le malheureux Robert

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alla à Rome raconter ses déboires au pape, qui, après ravoir consolé de son mieux, lui donna quelque argent et rengagea à retourner à Constantinople. Il mourut à son retour, eiï 1226, dans le Péloponèse. Son fils et successeur, Baudouin II, était un enfant de onze ans. Il fallut mettre un homme à la tête du gouvernement ; et tel fut à ce moment le désespoir des Latins qu'ils songèrent à appeler au pouvoir le souverain des Bulgares, Asan. Us renoncèrent à cette idée et confièrent la régence à r ancien roi de Jérusalem Jean de Brienne, qui passait encore, malgré son âge, pour un des princes les plus chevaleresques du monde. Mais Tempire latin, incessamment attaqué à l'orient et à l'occident par les Grecs et au nord par les Bulgares, avait été réduit à la possession de Constantinople et de ses environs.

Les Vénitiens, qui occupaient les principales îles, et les autres Francs établis dans les contrées les plus méridionales de la Grèce, pouvaient et devaient venir à son secours ; les uns et les autres ne songèrent qu'à leurs intérêts particuliers. Personne ne pouvait lutter contre un pareil état de choses. On n'avait ni hommes, ni ressources, ni provinces où s'en procurer. Nous avons vu à quelle extrémité était réduit Baudouin quand il prit en main les rênes du gouvernement après la mort de Brienne. Le plus singulier, c'est que, abandonnés par leurs prétendus vassaux, les Latins de Constantinople s'abaissèrent jusqu'à implorer la miséricorde des empereurs de Nicée. Quand ils apprirent l'avènement de Michel Paléologue, ils lui envoyèrent des ambassadeurs

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