‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 140 sur 179 · VÉNITIENS. VILLEHARDOUIN. DE LA ROCHE · texte numérisé non relu

VÉNITIENS. VILLEHARDOUIN. DE LA ROCHE

dans l'espoir qu'il leur rendrait une partie des possessions qu'ils avaient perdues. Ils commencèrent par demander tout le pays situé entre Constantinople et Thessalonique. L'empereur leur répondit avec une légère ironie qu'il ne pouvait se priver de cette dernière ville; sa seconde patrie. Ils se contentèrent alors du pays compris entre Serrés et la capitale ; l'empereur leur dit qu'il aimait trop ce pays, où il avait fait ses premières armes, pour pouvoir s'en dessaisir. Sans comprendre encore l'étrangeté de leur démarche, ils réduisirent leurs prétentions à Boléron ; l'empereur le leur refusa également : il ne pouvait céder une ville aux environs de laquelle il avait fait de belles parties de chasse , qu'il serait heureux de recommencer. «Mais que voulez-vous donc nous donner? » s'écrièrent à la fin les ambassadeurs anxieux. L'empereur parla alors plus sérieusement. « Rien, dit-il, absolument rien; c'est vous au contraire qui devez me céder la moitié de Constantinople si vous tenez à vivre en paix avec moi ; sinon, nous vous ferons la guerre. Et maintenant que vous avez eu occasion de me connaître, agissez d'après vos intérêts. » Cette scène, qui eut lieu quelques années avant la reprise de Constantinople, montre mieux que ne le feraient une foule d'autres faits, le changement survenu en moins de cinquante ans dans la position mutuelle des conquérants et des vaincus. Au commencement du treizième siècle les Francs, braves et habiles, l'emportèrent sur les Hellènes; au milieu de ce même siècle les Hellènes, plus braves et plus habiles, l'emportèrent sur les Francs, comme il arrive dans la lutte d'Hamle

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et de Laërte : Laërte blesse d'abord Hamlet; mais ils changent d'armes, et Laërte est blessé par Hamlet.

Les Vénitiens se montrèrent, il est vrai, meilleurs administrateurs. Aussi se maintinrent-ils dans leurs possessions de Candie, de l'Eubée et de Chypre jusqu'au quinzième, au seizième et au dix-septième siècle. On peut en dire autant des Villehardouin dans le Péloponèse et des de la Roche dans la Grèce orientale. Mais cette habileté en quelque sorte locale des Francs du midi ne fut pas moins funeste aux intérêts de l'orient que l'ineptie des empereurs latins de Constantinople et l'anarchie qui désola le royaume de Thessalonique. En décidant le renversement de l'empire grec, l'Europe occidentale n'avait qu'un moyen de justifier cet attentat devant l'histoire : il fallait y fonder un État assez puissant pour continuer contre les musulmans cette lutte que les monarques grecs poursuivaient depuis six cents ans avec succès. Les croisés ne mirent rien à la place de cet empire ; expulsés peu après de Thessalonique et de Constantinople , ils ne faisaient , en persistant à occuper les contrées méridionales, que mettre obstacle à la restauration complète des forces chrétiennes de l'orient. L'Europe ne faisait donc que préparer la conquête turque. On a beaucoup blâmé les Paléologues de leurs faiblesses et de leurs dissensions. Il est certain qu'à l'exception du premier et du dernier, tous ces princes ont été des hommes médiocres ; mais il n'en est pas moins vrai que l'anarchie, le fractionnement du pouvoir introduit et maintenu en orient par les croisés,

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