‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 141 sur 179 · RESTAURATION INCOMPLÈTE DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

RESTAURATION INCOMPLÈTE DE L'EMPIRE

était un obstacle formidable à la renaissance politique de l'hellénisme. C'est donc sur les conquérants occidentaux que doit retomber en grande partie la responsabilité de l'insuccès de cette entreprise.

Quand il fît son entrée à Constantinople, le 15 août 1261 , Michel Paléologue la trouva pleine de ruines, vide d'habitants. La prospérité de cette ancienne et splendide capitale, qui soixante ans auparavant, renfermait d'incalculables trésors et des objets inestimables amassés par le commerce, l'art, l'industrie et les conquêtes de neuf siècles, s'était éclipsée aux jours néfastes où les Baudouin, les Dandolo et les Boniface y mirent le feu, pillèrent le palais impérial et les églises, et, non contents de l'or et de l'argent, ils fondirent ces bronzes encore plus précieux de Praxitèle et de Phidias pour en faire de la monnaie de billon I L'anarchie survenue depuis et le manque de sûreté firent disparaître l'art, le commerce et l'industrie. Après avoir repris Constantinople, les Paléologues s'efforcèrent de la rendre habitable, de lui redonner son ancienne splendeur, d'en faire de nouveau le chef-lieu de la nation et du commerce. Mais, s'ils réussirent en partie à lui rendre son caractère hellénique, ils échouèrent dans leur tentative d'en faire un grand dépôt de transit. Devenus maîtres de Candie, les Vénitiens firent de cette île un pont entre Torient et l'occident et la principale route vers l'Egypte. Ils provoquèrent en même temps un tel désordre dans l'Archipel, que Constantinople devint difficilement accessible du côté de la mer. Les îles et les côtes furent changées en repaires de pi-

tates ; les maîtres de l'Eubée eux-mêmes étaient de yéritables écumeurs de mer. Un document vénitien de 1278 établit qu'il y avait alors quatre-vingt-dix chefs de pirates, génois, lombards, pisans, latins de toutes nations, avec lesquels il n'est pas étonnant de rencontrer des Grecs de Thessalonique, de Samothrace, de Céos, d'Anaphé, de Samos, de Monembasie. Michel Paléologue lutta contre ce mal irrémédiable. Son amiral, Licarios, finit par s'emparer de la plus grande partie des refuges où de superbes barons passaient leur vie dans la débauche, prétendant qu'aucune force humaine ne pouvait les dompter. Scopelos, qui, comme Skiathos, Skyros et Amorgos, appartenait à l'un des aventuriers les plus brillants et les plus audacieux de ce temps, Philippe Ghizi, fut réduite à l'obéissance ; Ghizi affirmait être supérieur aux atteintes de la fortune, répétant à tout propos le mot d^Ovide : major siim quam ciii possit fortuna nocere. Cependant il fut amené prisonnier à Constantinople et ne recouvra la liberté qu'en signant la cession de toutes ses îles. Le même sort était réservé au grand duc de Lemnos, Paul Navigaïoso : cet homme entretenait neuf galères et sept cents soldats dans sa citadelle, où il offrait un asile assuré à tous les pirates. Vers la même époque, Céos, Sériphos,Siphnos, Astypalée,Théra, Thérasia, Cythère et d'autres petites îles se détachèrent des possessions de Venise. Mais la piraterie, un moment réprimée, reparaissait bientôt. Elle empêchait la navigation ; elle donnait souvent lieu à des querelles ; et ces guerres, si petites qu'elles fussent, imposaient aux sel-

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