INVASIONS DES TURCS SELDIOUCIDES
gneurs des îles des dépenses que l'on prélevait, de façon ou d'autre, sur les indigènes. Nous n'en citerons qu'un seul exemple, remarquable surtout parle motif qui avait provoqué cette prise d'armes. En 1286, des pirates avaient enlevé des îles qui appartenaient à Barthélémy Ghizi un âne, magnifique étalon, qu'ils vendirent à Guilielmo, fils aîné de Marco Sanuto , duc de Naxos. Indigné de ce que Sanuto eût acheté son âne à des pirates, Ghizi assiégea la ville de Syra. La querelle fut bientôt apaisée ; mais elle avait coûté aux deux parties 18,000 livres d'or ou 220,000 francs environ.
Peu après, les côtes et les îles occupées par les Francs commencèrent à être désolées par les incursions des Turcs Seldjoucides. Ces déprédations devinrent souvent funestes. Dans le cours de la première moitié du quatorzième siècle, le duc de Naxos, Nicolas 1" Sanuto, se vit réduit à implorer la protection des Paléologues ; les Turcs avaient enlevé, mis en fuite, ou massacré en quelques années 15,000 habitants des îles soumises à sa domination. Les Vénitiens eux-mêmes étaient impuissants à réprimer le mal ; peu de temps après, les Turcs arrivèrent de nouveau avec quarante navires à Naxos et y enlevèrent six mille hommes. Vers la fin du quatorzième siècle s'éteignirent les familles des ViUehardouin et des de la Roche, qui n'avaient fait sentir que bien légèrement le joug étranger au Péloponèse et à la Grèce orientale ; leur bonne administration avait donné, entre autres bienfaits, à ces contrées la sûreté publique, et y avait favorisé un développement singulier de la ri-
chesse nationale. Ces temps heureux n'étaient plus. L'anarchie régna dans le Péloponèse sous la souveraineté de la maison d'Anjou. La Grèce orientale tomba sous la domination des Catalans, dont les Grandes-Compagnies vinrent camper dans l'Attique, après avoir causé des malheurs irréparables dans les possessions des Paléologues en Asie Mineure, en Thrace et en Macédoine. S'étant alliées aux Turcs, ces bandes firent des incursions dans le Péloponèse et en Eubée. En 1331, plus de vingt-cinq mille Grecs et Latins furent réduits par elles en esclavage. Les mêmes scènes tragiques se reproduisirent au mois de mai 1332 : quarante mille Turcs, montant trois cent quatre-vingts navires , commirent des meurtres inouïs, mirent à sac les côtes et les îles de la Grèce et forcèrent le baïle vénitien d'Eubée à leur payer un tribut pour sauver au moins Chalcis, capitale de l'île, d'une ruine totale.
Etait-il possible de faire revivre l'ancienne prospérité de l'empire au milieu de cette confusion créée par les Latins dans les mers helléniques? Les Paléologues ne se croisèrent pas les bras, comme l'avaient fait les empereurs latins ; la capitale reprit un peu de mouvement et de vie. Toutefois ce faible progrès était lui-même enrayé par les occidentaux. Dès les premiers temps des croisades, les Comnènes avaient dû céder aux Vénitiens, auxGénois, aux Pisans une foule de privilèges, celui, entre autres, d'avoir à Constantinople et dans plusieurs autres villes de l'empire, des communautés régies par leurs propres chefs, de jouir ainsi du droit d' « exterritorialité », de ne payer