‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 143 sur 179 · INVASIONS DES FRANCS, DES SLAVES, DES OSMANLIS · texte numérisé non relu

INVASIONS DES FRANCS, DES SLAVES, DES OSMANLIS

qu'un léger impôt de douane ou même de n'en pas payer du tout. Les inconvénients de ces immunités se firent surtout sentir sous les Paléologues, qui n'osaient ni les abroger ni en limiter les abus ; ils étaient forcés de tolérer cet état de choses et de voir les ressources tant soit peu améliorées de l'État passer dans les caisses des étrangers, au lieu d'affluer dans celles du trésor. Les plus importants d'entre ces derniers, les Génois, avaient fondé une ville riche et puissante à Galata, en face de la capitale. Les Paléologues sentaient le besoin de détruire la puissance de ces intrus ; ils pouvaient le faire, mais ils les auraient rencontrés aussitôt après dans les rangs de leurs ennemis, car il ne faut pas oublier que l'occident n'a pas cessé de menacer et même d'attaquer de temps à autre l'empire restauré d'Orient pendant tout le treizième siècle et dans les premières années du siècle suivant. La maison d'Anjou,* qui avait hérité des prétendus droits des Baudouin, ne fit-elle pas plus d'une expédition contre les provinces grecques? Les papes ne prêchaient-ils pas des croisades pour reconquérir Constantinople? Urbain IV notamment n'accorda-t-il pas, en 1264, des indulgences plénières à ceux qui se croiseraient à cet effet ? Ainsi les princes de l'Europe , après avoir été impuissants à créer un empire solide en orient, empêchèrent les Grecs de le fonder.

Les Turcs Osmanlis profitèrent d'un pareil état de choses pour évincer Grecs et Latins. Il faut cependant dire que, si cette dernière restauration politique de l'hellénisme au moyen âge manqua de force, elle ne fut ja-

mais aussi faible que les établissements fondés par les Francs. Avant de tomber définitivement, le peuple grec montra qu'il avait encore des ressources et un courage digne d'un meilleur sort. Il n'a pas eu la bonne fortune d'avoir des souverains qui fussent à la hauteur des événements, et il a été forcé de lutter deux siècles contre les Francs, qui comprirent trop tard qu'ils étaient ses alliés naturels, et contre les Slaves, qui profitèrent de ces malheureuses circonstances pour renouveler leurs incursions; il put néanmoins arrêter pendant cent ans encore les Turcs Osmanlis sous les murs de Constantinople. Les historiens occidentaux reconnaissent que, sans lui, ces derniers porte-drapeaux du mahométisme auraient pu arriver jusqu'aux bords du Tibre et de l'Elbe, et que, s'ils n'avancèrent pas au delà de Vienne, c'est qu'ils avaient perdu un temps précieux à subjuguer les restes de l'empire d'Orient. D'ailleurs, l'hellénisme du moyen âge, en expirant, a pu ajouter encore de belles pages aux fastes glorieux de son histoire.

Avant même qu'il eût repris Constantinople, en 1257, l'armée de Michel Paléologue, sous les ordres de son frère Jean, défit en Pélagonie les forces combinées de Manfred, roi de Sicile, et de Guillaume de Villehardouin, prince d'Achaïe. Les intrépides chevaliers de Manfred furent blessés ou faits prisonniers, quelques-uns se sauvèrent par la fuite. Presque tous les compagnons d'armes de Guillaume périrent aussi ; lui-même se cacha dans une grange ; mais, trahi par la longueur de ses dents de devant, qui sortaient de leurs alvéoles, il fut fait pri-

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