CHAPITRE VII
Séparation des vainqueurs et des vaincus. — Islamisation partielle des chrétiens. — Exploitation des chrétiens par les Turcs. — Hellénisation des immigrants. — Albanais ; leur langue. — Valaques. — Renaissance de l'instruction publique. — Transformation de la langue. — Le nom d'Hellènes repris. — Limites des Hellènes et des Slaves. — Les patriarches et le clergé grecs. — Le clergé et l'instruction publique. — Les Grecs fonctionnaires de la Porte. — Le Phanar. — La Moldo- Valachie hellénisée. — L'hellénisme dans son ancien foyer. — Klephtes et armatoles. — Révoltes ; interventions de l'Europe. — Venise. — Charles VHL — Doria. — Don Juan d'Autriche. — Charles de Nevers.
— Modification des rapports avec l'Europe. — Rapports avec l'Autriche et la Russie. — La politique occidentale en orient. — Luttes de la fin du XVIII* siècle. — Guerre de l'Indépendance. — Création d'un État insuffisant. — Histoire économique et intellectuelle. — Les communautés.
— Ambélakia. — Associations maritimes ; développement de la marine.
— Effacement des Slaves. — Progrès et influence de l'hellénisme. — Conclusion.
On peut dire que l'histoire du monde n'est que le produit de conquêtes successives. Toutefois il serait difficile de rencontrer quelque part, surtout en Europe, un phénomène pareil à celui qui a résulté en orient de la conquête musulmane. Pour nous borner aux deux races principales parmi toutes celles qui tombèrent au quinzième siècle sous le joug de l'Islam, les Hellènes et les Slaves offrent un spectacle unique dans les annales des vicissitudes humaines.
Quatre siècles se sont écoulés depuis : Slaves et Hellènes ont conservé leur nationalité, parlent leur langue,
ont une histoire à eux, une action politique à eux et
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aspirent toujours à leur indépendance. Quelle différence avec ce qui s'est passé en France, en Espagne, en Italie, en Angleterre, en Irlande ! Là aussi les indigènes ont subi la domination d'étrangers ; mais peu à peu ils se sont fondus avec eux, n'ont plus formé qu'une seule nation, n'ont plus parlé qu'une seule et même langue. Pareille fusion n'a pas eu lieu, ne pouvait avoir lieu entre les chrétiens et les Tjircs. Il y avait une incompatibilité radicale entre les deux éléments qui se sont trouvés en présence. Les conquérants des autres pays de l'Europe, Francs, Goths, Lombards, Normands, parlaient des langues différentes de celles des peuples conquis ; mais ces langues avaient une origine commune et de nombreux points de contact, puisqu'elles faisaient partie du groupe indo-européen. Aussi ont-elles fini par se croiser et par produire des rejetons métis, si l'on veut, mais viables. La langue turque est au contraire complètement étrangère aux idiomes indo-européens des chrétiens de l'orient. Appartenant au rameau finnoouralien ou touranien, elle n'offre aucune affinité avec nos langues. De là une répugnance, une répulsion insurmontable entre le turc d'un côté, le grec et le slave de l'autre, et l'impossibilité pour ces langues de s'allier, de se reproduire. Les deux religions furent, s'il est possible, encore plus inconciliables : on sait les principes opposés du Coran et de l'Evangile. L'Evangile consacre l'égalité des hommes et l'amour du prochain sans distinction d'origine ou de culte. Le Coran engage ses adeptes à combattre quiconque repousse les dogmes de
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