‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 147 sur 179 · SÉPARATION DES VAINQUEURS ET DES VAINCUS · texte numérisé non relu

SÉPARATION DES VAINQUEURS ET DES VAINCUS

l'Islam, à moins qu'il ne consente à payer l'impôt de l'esclave ; il promet les plus brillantes récompenses dans la vie future à tous ceux qui meurent pour sa cause, et livre à la discrétion des survivants les biens et l'honneur des vaincus. Chacune des deux religions produisit une société civile à son image -.mariage, famille, rapports sociaux, calendrier, jour de repos, rien ne s'agençait dans ces deux sociétés qui, après avoir vécu côte a côte pendant quatre siècles, se trouvent encore aussi étrangères l'une à l'autre qu'au premier jour.

Ce qui est arrivé en Irlande va faire ressortir la facilité du rapprochement entre deux races engagées dans une civilisation identique.

L'Angleterre protestante, ayant imposé sa domination à la catholique Irlande, édicta des peines sévères contre ses adversaires politiques et religieux. Les lois religieuses ne tardèrent pas à tomber en désuétude; seules les dispositions qui garantissaient aux protestants le privilège des droits politiques furent longtemps maintenues. Ces obstacles eux-mêmes finirent par être écartés, et les catholiques obtinrent, en \ 828, les mêmes droits que les protestants. Pourquoi n'en a-t-il pas été de même en Turquie? C'est que les deux races n'avaient pas ces affinités. En Irlande, vainqueurs et vaincus vivaient d'une vie civile commune : les deux religions, loin de partir de principes moraux et sociaux opposés, n'étaient séparées que par des différences dogmatiques qui n'intéressaient pas la vie nationale de chaque jour. Les divers changements survenus dans les rapports des deux

peuples montrent la puissance de ridentité dans la société civile pour amener Tégalité devant la loi. Les catholiques d'Irlande n'ont jamais été privés de certains droits politiques : la participation au jury, la liberté de la presse, le droit de réunion, la responsabilité des fonctionnaires publics, Vhabeas corpus étaient des garanties que le dernier des catholiques possédait à l'égal du plus puissant des protestants. Il est superflu d'ajouter que les chrétiens de Turquie n'ont jamais joui de telles garanties. La plus élémentaire de toutes, la sûreté personnelle, leur fait encore défaut à l'heure qu'il est; et pourtant quarante ans se sont écoulés depuis que la Porte a donné à l'Europe les premières assurances solennelles qu'elle allait abolir toute distinction entre chrétiens et musulmans. Ceux qui, comme les habitants de la Grèce libre et les Serbes, ont pu par les armes se débarrasser de l 'administration turque, ont seuls reconquis les droits de l'homme ; les autres sont encore aujourd'hui traités à l'égal des bêtes de somme. Combien différente était la position des Irlandais longtemps avant que régalité fût proclamée pour eux! La résolution suivante fut votée dans un meeting tenu en 1778 par les plus riches et les plus puissants protestants de leur pays : « Comme hommes, comme Irlandais, comme chrétiens, nous nous réjouissons des adoucissements qu'on va apporter aux lois pénales rendues autrefois contre nos concitoyens catholiques, et nous avons l'espoir que le Parlement prendra d'excellentes résolutions en faveur de l'union et de la prospérité de l'Irlande. » En résumé,

Page 1