ISLAMISATION PARTIELLE DES CHRÉTIENS
les catholiques et les protestants d'Irlande parlaient une seule et même langue, faisaient partie d'une seule et même société. En Turquie, au contraire, les chrétiens et les Osmanlis parlaient une langue différente, formaient des sociétés opposées. Aussi ne purent-ils jamais^ se rapprocher et se fondre en un seul corps de nation. Ce fait prouve combien TEurope occidentale a tort d'espérer que les Turcs accorderont jamais aux chrétiens l'égalité réelle et effective des droits. Il n'y a pas de promesse, il n'y a pas de décision du sultan qui puisse l'emporter sur la force des choses, sur un antagonisme créé par la reli gion et fortifié par une domination quatre fois séculaire. Le seul moyen de réconciliation eût été l'absorption complète des vaincus par les conquérants. En effet, les Turcs sont parvenus à gagner un grand nombre de chrétiens, soit parla violence, soit par l'appât des privilèges attachés à la qualité de musulman. Ils étaient poussés dans cette voie par les nécessités de leur situation non moins que par leur zèle religieux. Les Turcs Osmanlis, qui se rendirent maîtres de Constantinople au quinzième siècle, étaient bien peu nombreux lorsque, au milieu du treizième, ils s'établirent en Bithynie. Les Seldjoucides, qui avaient conquis dès le douzième siècle une partie considérable de l'Asie Mineure, ne tardérent pas à devenir les ennemis des nouveaux venus. Ces derniers, forcés de lutter contre les chrétiens et contre leurs coreligionnaires, devaient nécessairement songer à augmenter leurs armées. Le moyen le plus prompt était Vislamisation des chrétiens : ils l'entreprirent avec
autant de persévérance que d'habileté. Si ce système avait été plus complètement mis à exécution , peut-être aurait-il réussi dans le premier élan de la puissance turque. On n'aurait eu ainsi qu'une seule nation en orient, la nation turque, et toute trace de christianisme y aurait disparu. Plusieurs considérations détournèrent les Osmanlis de marcher sans réserve dans cette voie désastreuse. Ils formaient alors une nation spécialement organisée pour la guerre; en état de paix, ils ne savaient que jouir des biens acquis par la conquête. Ils avaient donc un besoin absolu de sujets industrieux et payant l'impôt, qui ne pouvaient être que des chrétiens. D'ailleurs, les Osmanlis croyaient que le fanatisme musulman était très-puissant surtout parmi les néophytes, et qu'il diminuait insensiblement chez leurs descendants. Des conversions partielles incessantes, mais non pas faites en masse, donnaient aux musulmans l'avantage d'alimenter continuellement cette force morale, la principale dans leur société. Pour atteindre ce but, il fut résolu, dès le règne d'Ourchan, que le corps des janissaires serait exclusivement formé de chrétiens renégats et qu'aucun musulman de naissance n'en ferait partie.
Plus tard, le conquérant de Constantinople, Mahomet II, donnant encore plus d'extension à ce principe, s'imposa la règle invariable, qu'il légua à ses successeurs, de conférer de préférence les plus hautes dignités de l'État à des renégats. Et, chose remarquable, tant que le corps des janissaires, tant que les hauts dignitaires, vizirs, généraux, amiraux, furent ainsi recrutés, c'est-à-