SUPÉRIORITÉ DES INDIGÈNES
par les Doriens, l'opposition était flagrante entre les nouveaux venus et les indigènes. Ceux-ci étaient pourtant bien supérieurs aux premiers : les Hellènes qui avaient fui l'invasion étaient devenus puissants, riches et heureux dans l'Asie Mineure et la basse Italie ; ils y créaient, grâce aux trésors d'esprit et de savoir qu'ils devaient à la mère patrie, l'épopée et la poésie lyrique, la philosophie, la prose et les arts; pendant ce temps l'anarchie, l'indigence, la stérilité intellectuelle régnaient dans les anciens foyers de l'hellénisme. L'Iliade et l'Odyssée ont été créées chez les émigrés, après la grande révolution, puisqu'on les fait remonter généralement au neuvième siècle. Mais ces deux épopées ne représentent le pays que dans son heureux passé, avant l'émigration ; elles ne parlent pas des événements survenus depuis, comme si elles voulaient protester contre eux par le silence. D'un autre côté, un des fuyards était revenu de la ville éolienne de Cumes en Asie Mineure à Askra en Béotie ; il y eut un fils, Hésiode, qui devait dénoncer à la postérité à quel point, au huitième siècle, où l'on croit généralement que ses poèmes ont été écrits, la justice, la conscience du devoir avaient disparu ; à quel point s'étaient relâchés en Grèce tous les liens de la famille et de l'hospitalité. Le tableau tracé par Hésiode fait un triste contraste avec la prospérité de rage homérique. Les conquérants eux-mêmes reconnurent quelquefois la supériorité morale des indigènes. Deux cents ans après Hésiode, un autre enfant de la Béotie, Pindare, célébra sans doute les Doriens et les
Thessaliens, mais exalta surtout Athènes ; il chanta cette ville brillante, immortelle, couronnée de violettes à l'instar des Grâces et des Muses ; iJ dit la gloire de ce rempart de la Grèce, de cette cité du génie ; par cet éloge d'une ville rivale il mérita la colère jalouse de ses concitoyens ; il se vit infliger une amende de dix mille drachmes ; les Athéniens la lui restituèrent au double, et lui élevèrent une statue sur la place publique. Un fait remarquable, c'est que toulDorien un peu civilisé s'attachait beaucoup plus ta Athènes qu'à Sparte ; quelques-uns passèrent avec armes et bagages du côté des Ioniens. Acusilaos d'Argos, si Argien qu'il fût, écrivit en dialecte ionien. Hérodote, dont les ancêtres remontaient aux fameux Dymanes, ne se borna pas à renier sa langue maternelle: dans son récit de l'expédition faite par Cléomènes en faveur des aristocrates d'Athènes, amis de Sparte, il laisse éclater sa joie de l'échec des Spartiates, et s'écrie : '< Grande avant cette époque, Athènes devint alors plus grande encore. » Hérodote, dont toutes les sympathies devaient se porter vers Sparte, salue hautement durant les guerres médiques du titre de sauveurs de la Grèce les Athéniens, non les Spartiates. Une recherche pas les applaudissements des peuples de sa race, mais ceux des Ioniens à la grande fête des Panathénées. Enfin, il termine sa vie non dans une ville dorienne, mais dans la colonie athénienne de Thurium..
De nos jours des savants ontentrepris de représenter les Doriens comme le type le plus parfait du génie hellénique. Ils prétendent que le sentiment de l'ordre, de la