‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 150 sur 179 · VALAQUES · texte numérisé non relu

VALAQUES

plus grand dévouement à toutes les luttes des Hellènes contre les Turcs : ils se distinguèrent au siège de Missolonghi ; ils s'immortalisèrent dans les victoires navales remportées par les escadrilles d'Hydra et de

Spetzia.

Les derniers étrangers mêlés aux Hellènes avant la conquête musulmane sont les Valaques. Ces Valaques avaient paru dans les pays grecs, spécialement en Thessalie, avantl'invasion franque. Anne Comnène parle la première d'un village valaque nommé Exavan, situé en Thessalie. Elle dit que les Valaques étaient des nomades qui s'enrôlaient dans les armées de Constantinople. Mais c'est depuis les croisades qu ils semblent s'être établis plus solidement dans ces contrées. Ils vinrent d'au delà du Danube. Ayant passé ce fleuve avec les Bulgares, ils s'établirent d'abord sur les Balkans et descendirent de là jusqu'en Épire et en Thessalie. Une partie suivit le sort des colonies et des conquêtes bulgares ; d'autres continuèrent à mener une vie pastorale ; d'autres enfin recevaient des concessions de terres sur les deux versants du Pinde, après avoir d'abord servi dans l'armée hellénique. De là le nom de Valachie ou Grande-Valachie donné au moyen âge à cette portion de la Thessalie. Mais ces Valaques, peu nombreux du reste, finirent par se fondre, ou à peu près, dans la race grecque. Une foule d'hommes remarquables de notre histoire moderne, les Coletti, les Sina, les Tossitza, les Hadji-Pétro, pour ne citer que les plus connus, étaient d'origine valaque.

Tels furent les derniers éléments hétérogènes qui se mêlèrent à la grande famille hellénique.

D'autre part, comme tous les chrétiens de l'orient, celle-ci a payé un tribut à l'islamisme. En tenant compté des Grecs de l'Asie, convertis par la violence au nombre de plusieurs millions, on peut dire que de ce chef aucune nationalité n'a été plus éprouvée que la nôtre. Mais les Turcs ne réagirent pas autrement sur les Hellènes qui avaient conservé leur langue et leur religion. Les deux nations sont restées séparées comme l'eau et l'huile dans un même vase ; de sorte que, au point de vue de ses éléments nationaux, l'hellénisme d'aujourd'hui est bien réellement identique à celui du quinzième siècle. Depuis cette époque, son état intellectuel et son importance numérique ont subi des modifications, mais sa constitution ethnologique est restée la même. D'ailleurs, le sang étranger qui a pu s'y glisser n'était pas assez abondant pour modifier sensiblement le caractère de la race.

La preuve la plus évidente est la langue qui dominait parmi les populations des contrées helléniques à la veille et au lendemain de la conquête musulmane. Au quatorzième siècle, quand le mélange avec les étrangers avait pris ses plus vastes proportions, les Francs, voulant faire connaître leurs exploits à ces populations, firent rédiger la Chronique de Morée en grec et non pas en albanais ou en slave. Quand, à partir du quinzième siècle, le peuple essaya de célébrer sa lutte constante contre ses oppresseurs, il se servit de la langue immortelle de nos

Page 1