‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 151 sur 179 · RENAISSANCE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

montagnes. Faut-il ajouter qu'à cette même époque l'Église, les chefs politiques, la littérature parlèrent et écrivirent en grec, depuis les limites les plus reculées de la Thrace et de la Macédoine jusqu'au Ténarc, dans toutes les îles et dans l'Asie Mineure occidentale? Pendant de longues années, les populations soumises aux Turcs furent privées de tout moyen d'instruction : car la plupart des savants qui illustrèrent le nom grec au quinzième siècle, Gémistos, Bessarion, Georges de Trébizonde, Argyropoulo, Lascaris, Chalcocondyle, sans parler d'une infinité d'autres émigrés, allèrent porter leurs lumières, soit dans l'Europe occidentale, soit dans les îles grecques encore occupées par les Vénitiens. Tandis que les fugitifs faisaient renaître la civilisation grecque en Italie et en France, elle s'éclipsait dans son premier berceau depuis le milieu du quinzième siècle jusqu'à la fin du seizième.

L'instruction publique ne reprit qu'à partir du dix-septième. Cette renaissance est due à l'initiative de la communauté hellénique qui se forma à Venise par la réunion d'un grand nombre de fugitifs, venus de tous les points de la Grèce. Ils quittaient la patrie, mais ils ne l'oubliaient pas. Désireux de lui préparer un meilleur avenir, ils avancèrent des fonds, ils firent choix de professeurs capables. Plusieurs écoles furent fondées à Athènes et à Janina : Janina surtout devint une véritable pépinière de didascali qui, à leur tour, furent placés successivement à la tête d'autres écoles dans le Péloponèse, la Grèce continentale, la Thessalie, la Macédoine, à Chio, à

Smyrne, à Cydonies, à Constantinople, à Jassy, à Bukarest. La parole de maîtres célèbres, d'Eugène Boulgaris, de Nicéphore Théotoki, de Jean Diniitriadès, de Pezaro, d'Athanase Psallida, d'Athanase de Paros, de Dorothée Proïos, de Benjamin, de Lambros Photiadis, de Constantin Coumas, d'Etienne Doungas, de Constantin OEconomos, de Néophyte Vambas, de Georges Gennadios, pour ne parler que des plus illustres, retentit d'un bout à Tautre de Torient hellénique durant le cours de cette renaissance. Des milliers d'étudiants recueillaient de leur bouche les leçons de la science ancienne et moderne. Ce sentiment national fut fortifié surtout par la manière habile avec laquelle la plupart des professeurs interprétaient les chefs-d'œuvre de l'antiquité, inspiraient à la jeunesse le dévouement à la patrie et l'amour de la liberté. De même que Thellénisme du moyen âge, dans sa puissance, n'avait jamais renoncé à ces souvenirs du passé dont il faisait Tornement de sa vie publique et privée, ainsi, dans sa profonde misère, l'hellénisme moderne remontait aux mêmes sources pour s'y retremper et acquérir de nouvelles forces et de nouvelles espérances. Alors commença ce qu'on a appelé l'épuration et la rénovation de la langue. Le mouvement national dont je viens de parler avait besoin de s'affirmer et de se faire comprendre. Or il se trouvait en présence de la langue ancienne, dont se servaient encore les lettrés, et d'une langue vivante parlée par le peuple, mais presque barbare. Celle-ci n'était autre que la langue ancienne, mais tellement mutilée, altérée et appauvrie qu'elle ne pou-

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