‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 153 sur 179 · LE NOM D'HELLÈNES REPRIS · texte numérisé non relu

LE NOM D'HELLÈNES REPRIS

rent alors à l'étranger. Plus tard, lors de la renaissance intellectuelle au dix-huitième siècle, quand de nombreuses écoles fonctionnèrent de Dimitzana à Andrinople, et de Lacca de Delvino, jusqu'à Cydonies en Asie Mineure, on vit renaître le souvenir du nom national. Toutefois l'habitude fit que, chez le plus grand nombre, ce nom fut en concurrence avec ceux de Romains et de Grecs. En 1790, trois représentants de la nation demandèrent à l'impératrice Catherine de donner pour empereur aux Hellènes son petit-fils Constantin; ils ne parlèrent plus à titre de Romains ni même simplement de chrétiens; ils se présentèrent comme des Hellènes, descendants des Athéniens et des Spartiates. Mais peu de temps après, en 1792, un des héros du réveil national, Lambros Catzônis, dé Livadia, protestant contre la paix conclue par cette même Catherine avec la Turquie, ne parle que de Romains dans sa protestation. Rhigas semble hésiter entre les différentes dénominations. Dans son chant célèbre : « Jusques à quand, ô Pallicares?.... » il n« parle que de Grecs ; il se sert du même nom dans quelques autres appels à la guerre sainte. Mais ailleurs, « Enfants d'Hercule », « 0 braves Hellènes » , « Allons, enfants des « Hellènes » , il est entraîné parle courant auquel la nouvelle éducation avait ouvert les digues. Dans ce chant d'exhortation où il engage tous les frères qui servent à l'étranger à rentrer au pays et à lui offrir leurs bras, « A l'orient, au midi, au nord, à l'occident, n'ayons « tous qu'un coeur pour la patrie » , il revient encore au nom de Romains.

Le plus curieux, c'est que Coray lui-même, tout en rejetant cette dernière qualification, ne se décide pas tout d'abord entre Grecs et Hellènes. Ce fut la conscience publique qui trancha la question. Quelques années après, quand les représentants des pays helléniques soulevés contre les Turcs, lors de la grande révolution, se réunirent, en 1821, à Epidaure pour régler la première constitution de la Grèce, ils votèrent par acclamation la résolution suivante : « La nation hellène^vQçX'dimç, aujourd'hui par ses légitimes représentants réunis en assemblée nationale, devant Dieu et devant les hommes, son existence comme nation et son indépendance. »

J'ai dit que la longue habitude avait été pour beaucoup dans le retard apporté au triomphe défmitif du nom national d'Hellènes. Ce fut, en effet, la principale, mais non la seule cause de ce phénomène. Le nom de Romains désignait au moyen âge, comme sous la domination turque, tous les chrétiens d'orient, soumis à la juridiction suprême du patriarche œcuménique. Les querelles de races, qui avaient provoqué autrefois tant de con" flits entre Grecs et Slaves, avaient été assoupies quand la main de fer de l'étranger s'était appesantie sur tous.

Le malheur commun avait rapproché tous les chrétiens et l'on put croire pendant longtemps que cette communauté de souffrances et de haine pour l'oppresseur allait amener l'unité de la lutte et, après la victoire, l'unité politique des chrétiens d'orient. C'est ce qui engagea beaucoup d'hommes éclairés de cette époque à vouloir conserver comme un symbole de cette union la

LIMITES DES HEUÈNES ET DES SLWES. 407

qualification générale de Romains. On sentit cependant de bonne heure qu'il était difficile d'arrêter l'élan légitime de la nation vers la conquête de son ancien et glorieux nom paternel; d'autre part, l'expérience devait prouver que la fusion politique des Hellènes et des Slaves était impossible. Les souvenirs d'un long passé s'y opposaient.

La lutte était commune à coup sûr ; malheureusement elle ne fut jamais entreprise en commun. Le maintien de cette union un peu illusoire sous l'autorité du patriarche œcuménique était chose si difficile que les Bulgares ont fini par se séparer de l'Église grecque. Ce n'est donc pas le nom d'Hellènes qui a provoqué la séparation, c'est la conscience historique et nationale des deux peuples. Le sort définitif des chrétiens d'orient ne sera fixé que par l'établissement des Slaves au nord et des Hellènes au sud, et par la démarcation de leurs frontières respectives d'après les limites naturelles tracées par l'histoire, l'ethnologie et la géographie.

Les Serbes, les Bulgares, les Herzégoviniens et les Bosniaques sont maîtres de tous les pays au nord des Balkans et du Scardus. Aussi ont-ils donné à ces pays leurs noms nationaux. Mais tous les pays situés au sud de ces montagnes, sans en excepter ceux qui s'en rapprochent le plus, sont des pays essentiellement helléniques. Ils ont conservé pendant douze cents ans leurs noms historiques de Thrace et de Macédoine. Les colonies bulgares qui existent dans les parties septentrionales de ces provinces ne confèrent nullement aux Bulgares un

UELLÉNISME MODERNE.

droit de possession sur ces contrées ; de même que les colonies grecques du littoral de la Bulgarie ne sauraient mettre en question le droit de possession des Bulgares surtout le pay^ compris entre le Danube et les Balkans Cependant cette tendance à une sécession définitive ne s'est manifestée que depuis quelques années. Dans le cours quatre fois séculaire de la domination ottomane, l'unité paraissait accomplie jusqu'à un certain point. Le courant de l'hellénisme qui, au quatrième siècle, était arrivé jusqu'au Danube, qui avait reculé à partir du septième devant les Slaves, remonta de nouveau au dixième siècle vers ce grand fleuve pour rétrograder encore à la suite de la révolution bulgare du douzième siècle et de l'invasion serbe du quatorzième. Enfin, par le pouvoir dont le conquérant musulman investit le patriarcat œcuménique, l'hellénisme sans nom du moyen âge domina de nouveau sur la péninsule tout entière. En effet, revêtu de fonctions judiciaires et administratives, et portant le titre de Chef de la nation des Romains ou cthnarque, le patriarche parut aux yeux des chrétiens d'orient un souverain politique tout aussi bien qu'un chef spirituel. D'après les écrits du temps, les chrétiens le traitaient d'empereur et seigneur. Le patriarche, les prélats et les prêtres sous ses ordres avaient le droit d'être élus selon les anciens usages de l'Église d'orient et de remplir leurs fonctions en dehors de toute influence du pouvoir temporel.

Le chef de la nation des Romains possédait aussi tacitement le privilège d'entrer en relations directes avec

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