LES PATRIARCHES ET LE CLERGÉ GRECS
les souverains des nations étrangères. La façon dont il fit usage de ce droit vis-à-vis de Venise, de la Russie, de l'empereur d'Allemagne, des rois d'Angleterre et de Suède, prouve toute la latitude qui lui était laissée par le gouvernement ottoman. Nous l'avons d'ailleurs déjà dit, la Porte communiquait avec le patriarcat par son ministère des affaires extérieures comme avec tous les potentats étrangers. Et comme le trône œcuménique était entre les mains des Hellènes, il s'ensuit que tout ce pouvoir était exercé au nom et dans l'intérêt de la nation grecque.
Les Slaves avaient à peu près disparu de la scène de l'histoire durant trois cent cinquante ans ; ils avaient été abattus par la conquête. Les Grecs seuls firent preuve de courage, d'intelligence et d'activité ; aussi furent-ils bientôt les maîtres de la situation. On jugera de ce que ces avantages leur avaient coûté par les difficultés qu'ils avaient eu à vaincre.
Les droits et les privilèges qui avaient été conférés parles conquérants au patriarche étaient à la discrétion des Turcs. Ils les respectèrent fort peu dès le principe et ne cessèrent de les violer dans la suite.
Le patriarcat avait été d'abord installé avec la plus grande magnificence dans la basilique des Saints-Apôtres ; déjà sous le patriarche Gennadios, il se vit forcé de se retirer dans le temple de la Pammacaristos ; sur l'emplacement de l'église des Saints-Apôtres, on éleva la mosquée du sultan Méhémet. Le temple de la Pammacaristos fut à son tour confisqué en 1595 ; on en fît
une mosquée, connue sous le nom de Fétijé-Djamessi.
Quant au patriarcat, transféré d'abord à Téglise de Saint-Démétrios près de la X^loportc, il dut, peu de temps après, s'abriter sous l'église encore plus modeste de Saint-Georges à Diplophanaro, où il se trouve encore à l'heure qu'il est. C'est là que, de chute en chute, fut relégué le siège patriarcal, après avoir commencé par occuper un des plus beaux monuments de Constantinople ; image fidèle des misères de toutes sortes qui se sont successivement abattues sur lui. Au milieu du dixseptième siècle, le gouvernement ottoman enleva au chef suprême de la nation le droit de recevoir son investiture du sultan en personne, en déclarant que le grand-vizir seul devait présider désormais à cette solennité. Il ôta aussi, peu après, au patriarche le droit de porter le skiadmiy un des signes distinctifs de sa haute dignité. On lui défendit enfin de se présentera la Porte avec son cortège de douze archevêques.
Mais tout cela n'était rien en comparaison de l'abaissement réservé à ce prétendu ethnarque et de la violence employée depuis contre lui. La charte de ses privilèges déclarait formellement qu'il ne pourrait jamais être molesté par personne, qu'il serait irresponsable, éternellement exempt d'impôts, inamovible, lui et les archevêques sous ses ordres. Quatorze ans s'étaient à peine écoulés, que les deux dernières franchises étaient foulées aux pieds. Joseph, le troisième patriarche après Ghennadios, pressé par Mahome II d'autoriser un mariage illicite y ayant refusé de consentir à cette in-