‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 155 sur 179 · LES PATRIARCHES ET LE CLERGÉ GRECS · texte numérisé non relu

LES PATRIARCHES ET LE CLERGÉ GRECS

fraction des lois de l'Église, fut déposé, puis rasé, outrage sanglant pour les membres du clergé grec. Son grand maître des cérémonies, Maxime, qui ne voulut pas s'employer à faire fléchir le patriarche, eut les ailes du nez coupées. Peu après, Siméon de Trébizonde fut nommé, à la condition qu'il payerait un tribut annuel de mille pièces d'or et renoncerait à la liste civile que le gouvernement turc faisait jusqu'alors au patriarche. Ce tribut annuel fut porté ensuite à deux mille ducats, auxquels cinq cents autres vinrent s'ajouter comme don de joyeux avènement, puis à trois mille pièces d'or. Il fallait ensuite offrir des présents considérables aux femmes du harem , aux vizirs, aux courtisans, aux eunuques, aux janissaires, qui faisaient élire et soutenaient les patriarches. Avec le temps, la dignité patriarcale fut mise de fait à l'encan, et il y eut tel cas où elle fut adjugée au dernier enchérisseur, pour 40,000 pièces d'or. Le mal augmenta encore quand l'autorité du sultan passa dans les mains des grands-vizirs. En 1621, Ali-Pacha, qui ne se maintint que six mois au pouvoir, arracha 100,000 pièces d'or au patriarche Timothée II. Cyrille Loucaris fut déposé par les intrigues des jésuites, qui dépensèrent 40,000 piastres fortes à cet effet, et les fidèles furent obligés de payer 180,000 piastres fortes pour voir remonter leur bien-aimé pasteur sur le siège patriarcal. De 1623 à 1700, dans l'espace de soixantedix-sept ans, il y eut cinquante changements de patriarche, presque tous provoqués par l'avidité des puissants. C'est ainsi que les dettes du patriarcat et des archevê-

ques devinrent écrasantes, et leur emprisonnement pour dettes chose ordinaire. Les Turcs ne s'en tinrent pas là. Le mépris qu'ils montraient pour celte dignité fut poussé au point qu'en 1651, un renégat, devenu officier, osa offrir 26,000 piastres pour se faire donner l'administration de l'Eglise en éliminant le patriarche. Cette proposition ne fut pas acceptée, il est vrai ; mais plusieurs patriarches furent mis à mort : Cyrille Loucaris, Cyrille Condaris, Parthénios II, Parthénios III, Grégoire V, grand martyr de la dernière révolution. Il serait difficile de calculer le nombre des archevêques et des prêtres qui sont morts dans les supplices depuis le jour de la conquête jusqu'aux hécatombes que notre clergé a offertes en 1821 sur l'autel de la patrie et de la liberté.

Je ne nierai pas que plusieurs Grecs n'aient contribué par leurs intrigues et leur cupidité à l'avilissement de l'Eglise ; mais la conduite d'une petite minorité ne saurait engager l'honneur d'une nation. Partout et toujours, il y a des hommes empressés de sacrifier à leurs passions les intérêts les plus chers de leur pays et de servir d'instruments à toutes les violences d'un gouvernement arbitraire. On ne sera donc pas étonné de voir ces faits se produire au milieu des misères inouïes d'une situation sans pareille dans les annales de l'histoire. Ce qu'il faut au contraire admirer, c'est qu'il se soit encore trouvé des hommes qui n'ont pas reculé devant l'accomplissement du devoir malgré l'épée suspendue sur leur tète. Dans les Etats civilisés, placés sous la garantie d'ins-

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