‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 156 sur 179 · LES PATRIAUCHES ET LE CLERGÉ GRECS · texte numérisé non relu

LES PATRIAUCHES ET LE CLERGÉ GRECS

titutions sérieuses, les défenseurs de la légalité ne risquent le plus souvent que de se voir supplantés par leurs adversaires. En Turquie, au bout de la lutte il y avait la torture, la confiscation^ la mort. On savait cela d'avance, et cependant on continuait à lutter.

Nous avons parlé de la conduite courageuse du patriarche Joseph. Pendant que l'on exécutait l'ordre outrageant rendu contre lui, le saint homme s'écria : « On me couperait non-seulement la barbe, mais la main, mais les pieds, mais la tête, qu'on ne parviendrait pas à me faire transgresser les lois dont je suis le gardien et

le défenseur. »

Le métropolitain d'Héraclée et les archevêques de Césarée et d'Éphèse ne consentirent pas à sacrer patriarche un certain Raphaël, homme ignorant et ivrogne, qui leur avait été indiqué par Mahomet II. La fermeté de leur attitude força le sultan à autoriser l'élection d'un autre prélat, de ce Maxime dont nous avons eu déjà occasion de citer la courageuse résistance aux ordres arbitraires du sultan, et qui se distingua toujours par l'indépendance de son caractère aussi bien que par son savoir et par son habileté dans la gestion des affaires de

l'Église.

En 1657, la Porte ne se borna pas à faire pendre le patriarche Parthénios III; elle voulut couronner ce forfait en faisant monter sur le siège patriarcal un évêque de Ganos et de Chora, tout à fait indigne de cet honneur. Le clergé et le peuple protestèrent ; le nouvel élu fut forcé d'abdiquer douze jours après son avènement ;

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le synode, après avoir obtenu par on ne sait quels sacrifices d'argent le consentement de la Porte à cette renonciation, rédigea et signa un procès-verbal ainsi conçu : « Rien ne saurait exister sans un principe d'autorité. Et comme le siège pontifical de Constantinople est resté sans chef ni tête, le patriarche Kyr Parthénios ayant été injustement condamnéy nous les prélats, réunis dans le temple du grand martyr et vainqueur saint Georges, avons proposé pour le siège vacant, comme premier candidat, rarchevêque de Brousse et de Tryglie, Kyr Parthénios, comme second celui de Larisse, Kyr Dionysios, et en troisième lieu celui de Smyrne, Macarios. Donc, pour toute déclaration et sûreté, leurs noms ont été inscrits au registre de la grande église, aujourd'hui premier mai 1657, dixième jour de Tindiction ; car l'élection de Gabriel, que nous n'avons acceptée que sous l'empire de la violence, est considérée d'une commune voix comme contraire aux canons, et par conséquent comme nulle et non avenue. » Cet acte, passé en présence, pour ainsi dire, du cadavre encore palpitant de Parthénios III, est une preuve irréfutable que le clergé grec n'a pas manqué d'hommes mettant l'accomplissement de leurs devoirs au-dessus des biens de ce monde, et le synode convoqué quinze ans après à Jérusalem, sous le patriarche Dorothée , avait raison de dire : « La terre des Romains est opprimée comme ne l'a jamais été une nation conquise. »

D'ailleurs ces hommes n'avaient pas à lutter seulement contre la tyrannie turque ; ils étaient entourés de

LE CLERGÉ ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 4Jo

bien d'autres ennemis. En ces jours néfastes, l'Europe latine n'avait nullement renoncé à sa guerre peu sensée contre l'hellénisme. Au dix-septième siècle, les jésuites et les protestants redoublèrent d'efforts pour se rendre maîtres de TÉglise d'orient. Bien que soutenue, les premiers par les ambassades de France et d'Autriche, les seconds par les représentants d'Angleterre, de Hollande et de Suède, ils finirent par échouer; mais ils n'en firent pas moins beaucoup de mal à la victime dont ils cherchaient, chacun de son côté, à s'approprier les dépouilles. C'est à leurs intrigues que l'on dut, entre autres malheurs, la mort de deux patriarches, Cyrille Loucaris et Parthénios III.

L'Église, ainsi combattue au dedans et au dehors, n'avait ni les loisirs ni les moyens d'accomplir de grandes choses. Tout ce qu'elle put faire fut de sauver son caractère national et de contribuer pour sa part au développement intellectuel de la nation. Cyrille Loucaris fonda la première imprimerie que l'on eût vue à Constantinople, et il en confia la direction au moine Grégoire Métaxas, de Corfou. Par malheur, les jésuites parvinrent à faire détruire cette imprimerie par les Turcs. Au mont Athos , Cyrille V fonda une école « telle qu'on n'en avait pas encore vu depuis les malheurs des Grecs; » ce sont les paroles de Serge Macréos. Eugène Boulgaris, qui jeta chez nous les premières semences de la science moderne, enseigna la logique, la métaphysique, la théologie et la rhétorique. Le patriarche Séraphin II se plaisait dans la société des savants et le

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comblait d'honneiwrs. « Il enflamma le zèle de son svnode en ordonnant qu'on oifrît des dons généreux, » dit le même Macréos. « Confirmant ses ordres par une bulle, il restaura l'école patriarcale de Constantinople et y nomma quatre professeurs. Il s'occupa aussi de celle du mont Athos. Ayant rappelé Eugène à Constantinople pour lui confier la direction de la grande école du patriarcat, il pourvut à son remplacement au mont Athos par le choix excellent qu'il fit à ce propos de Nicolas de Mezzovo. » Ainsi parle Macréos. Puis, dans ce langage tant soit peu ampoulé qui était un des caractères de la littérature de ce temps, il conclut : « Dans la troisième année de son patriarcat, Séraphin fit du Phanar une seconde Athènes. Là, le grand Eugène enseignait la théologie, Dorothée la philosophie, Crilias la rhétorique, Ananias la logique. On y voyait des essaims de philosophes, de littérateurs et de théologiens, qui faisaient l'orgueil de tous les patriotes, et surtout des fondateurs de l'école. » Sous son premier patriarcat, Grégoire V, celui-là même qui devait ouvrir la longue série des victimes de la révolution de 1823, fonda une imprimerie à Constantinople. Revêtu une seconde fois, en 1806, et une troisième fois, en 1819, de la dignité épiscopale, il écrivit des encycliques pour activer et encourager l'enseignement, engageant les chrétiens à ouvrir de nouvelles écoles, et à améliorer les anciennes ; celles de Constantinople leur offraient un modèle ; et comme on commençait à sacrifier la langue maternelle à la science moderne, il insistait pour qu^on ne négligeât sous aucun

LES GRECS FONCTIONNAIRES DE Lk PORTE.

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prétexte l'étude approfondie des auteurs classiques.

Du reste, quels qu'aient été les services rendus parle ■clergé à la renaissance nationale, il ne fut pas seul à y travailler. Le gouvernement ottoman, malgré tout le mépris qu'il affichait vis-à-vis de nos pères, s'était vu forcé de les utiliser : dès le premier moment de la conquête, mais surtout à partir de la seconde moitié du ■dix-septième siècle, il leur demanda leur concours pour l'entretien de ses relations extérieures. En 1666, Panagiotis Nicoussis fut nommé premier interprète de la Sublime Porte. Après sa mort, Alexandre Mavrocordato fut promu à la même dignité. On le nomma ensuite ministre plénipotentiaire à Vienne ; on finit par le charger des grandes négociations qui eurent lieu, -en 1688, à Carlôvitz et aboutirent à la signature du célèbre traité qui porte le nom de cette ville. Jusqu'à la révolution de 1821 , la fonction de grand interprète a été confiée presque toujours à des Grecs qui, par intervalles, étaient nommés aussi ministres plénipotentiaires. Jean Mavrocordato, un des fils d'Alexandre, représenta la Sublime Porte au congrès de Passarovitz tenu en 1718; Alexandre Mourousi, fils de Constantin, fut chargé au même titre des négociations pour la conclusion des traités de Sistovo et de Jassy, en 1791 et 1792.

Une fonction importante, confiée aux Grecs vers ce même temps, fut celle de grand interprète de la flotte. On peut dire que ce dignitaire était le ministre des îles et des côtes de la mer Egée, car c'est par son intermédiaire

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que passaient toutes les relations du capitan-pacha avec ces pays éminemment helléniques.

Enfin les Grecs furent placés à la tête des principautés vassales de Moldavie et de Valachie. Jusqu'à la fin du dix-septième siècle, des personnages indigènes étaient ordinairement revêtus de ces dignités. La Porte, ayant alors conçu des soupçons sur leur fidélité, se décida à confier Fadministration de ces pays à des Hellènes. C'est ainsi que, de 1700 pour la Modalvie, et de 1716 pour la Valachie jusqu'en 1821, la plupart furent pris parmi les grands interprètes. Ces princes-souverains s'entouraient pour l'accomplissement de leur tache de leurs parents et de leurs amis ; ils partageaient entre eux les fonctions moldo-valaques de spathaires, de postelnics, de hatmans, de svorniks. A l'expiration de leur mandat, ils rentraient ordinairement à Conslantinopleoii ils venaient se ménager des appuis pour la reprise de leurs anciennes fonctions. Il se forma ainsi dans la capitale une classe nombreuse d'hommes qui y accouraient de toutes les provinces grecques pour profiter des nouvelles carrières ouvertes à leur activité et à leur ambition. Ils furent nommés Phanariotes, du nom du quartier qu'ils habitaient à Constanlinople, et où demeuraient aussi le patriarche œcuménique et le haut clergé. Ils ne furent pas les seuls à tirer avantage de cette situation. Un grand nombre de leurs compatriotes allèrent s'établir dans les principautés danubiennes à la suite des princes du Phanar et de leurs fonctionnaires. Les uns y cherchaient fortune dans le commerce ou l'industrie ; les autres

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