‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 157 sur 179 · LE PHANAR. LA MOLDO-VALACRIE HELLÉNISÉE · texte numérisé non relu

LE PHANAR. LA MOLDO-VALACRIE HELLÉNISÉE

fuyaient l'oppression. Aussi ces deux grands pays devinrent-ils avec le temps de véritables colonies grecques, comme celles qui avaient été autrefois fondées dans l'Italie méridionale, en Sicile, dans la Cyrénaïque, sur les côtes de l'Asie Mineure, en Syrie et en Egypte. Leurs chefs pouvaient beaucoup pour elles : ainsi, au commencement du dix-huitième siècle, Nicolas Mavrocordato avait en quelque sorte transfiguré la Moldavie et la Valachie. Le moine athénien Parthénios dit en parlant de lui : « N'a-t-il pas transformé en colonie hellénique la terre des Valaques et des Modalves en la dotant de gymnases oii l'on enseignait les sciences libérales ? Ces écoles existaient avant lui ; mais elles ont été bien perfectionnées et bien agrandies sous son règne. » Depuis lors, ces pays, gouvernés pendant plus d'un siècle par des Grecs, habités en partie par des Grecs, et recevant une éducation grecque, s'hellénisèrent au point que les familles indigènesles plus illustres, les Ghica, les Stourza, les Philippesco, les Ballianco, les Floresco, les Cornesco, les Brancovano, les Golesco, les Baise, les Bacaresco, parlaient et écrivaient le grec comme si c'eût été leur langue maternelle. L'œuvre en elle-même a été certainement remarquable ; elle fournit en outre une preuve nouvelle et bien caractéristique de cette finesse d'esprit, de cette tendance à l'émigration, de cette puissance d'assimilation qui fait le fond du caractère historique des Hellènes. Forcé de subir la plus dure des tyrannies, ce peuple trouva moyen de lui donner le change au point de se faire accorder l'investiture de deux grands pays et

de les conquérir en quelque sorte avecle concours de ses oppresseurs. Mais ce phénomène inattendu finit par tourner comme tant d'autres au détriment des intérêts nationaux et politiques de la métropole. Déjà un grand nombre de Grecs avaient émigré à l'étranger, en Italie surtout, aussitôt après la conquête. Les premiers qui partirent furent les lettrés et, avec eux, plusieurs chefs militaires et politiques du Péloponèse, de la Grèce continentale, de l'Eubée, de l'Albanie, de Chypre, de Rhodes et de Crète. Ils ne partirent pas seuls; ils étaient suivis de parents, d'amis, de serviteurs. Leur exemple devint contagieux et entraîna des milliers d'émigrants. La plupart de ces fugitifs, se trouvant isolés au milieu des populations étrangères, finissaient par perdre leur caractère national. Les forces de l'hellénisme en furent sensiblement affaiblies. D'ailleurs une foule de Grecs se convertissaient bon gré mal gré à l'islamisme. Il est difficile d'en .fixer le nombre. Mais si nous considérons que le corps des janissaires s'est composé pendant deux cents ans de .20,000 hommes en moyenne, que tous étaient recrutés parmi les enfants des chrétiens et que le contingent fourni parles Grecs était très-considérable, nous devons admettre que le gouvernement ottoman a enlevé un chiffre énorme d'hommes à la nation hellène seulement -pour l'entretien de ce corps. Ce fut au milieu de toutes ces circonstances qu'une nouvelle carrière s'ouvrit à 4'émigration. D'innombrables Grecs affluèrent en Molsdavie et en Valachie ; d'autres poussaient jusqu'en Hongrie, où Ton voit encore les derniers restes des nom-

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