LE PIIANAR. LA MOLDO-VALACHIE HELLÉNISÉE
breuses colonies qu'ils y fondèrent. D'un autre côté, à partir du milieu du dernier siècle, ils commencèrent à émigrer en Russie. Nous allons parler bientôt de la position que cette puissance prit alors en orient, et des encouragements qu'elle donna aux insurrections grecques. Ces mouvements ayant échoué , ceux qui s'y étaient le plus compromis cherchèrent un refuge dans les provinces méridionales de l'empire du nord.
L'hellénisme s'affaiblissait ainsi de plus en plus dansses foyers. Il sembla un moment qu'il s'en dédommagerait par l'acquisition des provinces danubiennes ; mai» ici même il subit un nouveau désappointement. Depuis le commencement de la révolution grecque, le gouvernement de ces pays a été rendu aux indigènes ; le sentiment de la nationalité roumaine s'y est réveillé; la langue grecque en a été expulsée ; les Grecs qui y sont restés, au nombre de plusieurs milliers, ont à leur tour suivi les destinées de cette nouvelle patrie. En somme, il est arrivé à l'hellénisme dans les temps modernes ce qu'on rencontre à toutes les phases de son histoire. Il a voulu trop embrasser pour bien étreindre ; il s'est trop éparpillé pour conserver une forte position. Je ne dirai pas que toutes ses colonies aient été perdues pour lui ; il y en a qui ont beaucoup fait pour la mère patrie, il y en. a qui lui rendent encore des services considérables. Mais je dois répéter ici une remarque que j'ai déjà faiteen d'autres occasions. Si grandes que soient les qualités^ morales et intellectuelles d'un peuple, il lui faut un certain chiffre de population compacte pour accomplir ses-
destinées en ce monde ; or, les émigrations en masse ont trop diminué le nombre des Hellènes auxquels incombe tout particulièrement la tâche de pourvoir aux nécessités politiques, militaires et financières de la patrie.
Pour en revenir aux Phanariotes, ils ont été de tout temps en butte à une foule de récriminations : orgueil, bassesse, égoïsme, ambition insatiable ne reculant devant aucun moyen, il n'y a pas de défaut qui ne leur ait été attribué. La vérité est qu'avec beaucoup de faiblesses ils ne manquaient pas de grandes qualités. Ils recevaient une éducation qui les plaçait bien au-dessus de toutes les autres classes de la société hellénique par l'étendue du savoir, la finesse de Tcsprit, l'élégance des manières. Chargés pendant cent cinquante ans de la direction des relations extérieures d'un empire souvent aux abois, ils acquirent à cette grande école diplomatique, une parfaite expérience des affaires et une habileté rare dans leur maniement. L'influence que leur position leur donnait sur les maîtres du pays fut souvent mise au service des intérêts nationaux. Ils firent beaucoup pour l'instruction publique ; ils épargnèrent souvent à leurs compatriotes les avanies auxquelles ils ne cessaient d'être exposés. Je me bornerai à signaler leur conduite dans certaines questions d'un ordre supérieur. On connaît les efforts que la France et l'Autriche ont faits pendant la seconde moitié du dix-septième siècle pour s'emparer des lieux saints ; eh bien ! Panagiotis Nicoussis et Alexandre Mavrocordato ont pu sauver le droit des Hellènes dans cette lutte mémorable contre d'aussi puissants