RÉVOLTES. INTERVENTIONS DE L'EUROPE
parle en détail d'un mouvement national régulièrement organisé, depuis la Bulgarie et la Bosnie jusqu'à Athènes, Thèbes, Arta et Janina ; il en fut évidemment lui-même un des propagateurs les plus actifs. Ayant parcouru, « comme il en avait reçu l'ordre, toutes ces contrées à pied et à cheval, » il affirme que tous les chrétiens qui y habitent attendent avec impatience un signal de l'Europe occidentale; et alors, dit-il, «ils se lèveront comme un seul homme pour faire un carnage horrible de leurs
oppresseurs. »
Il invoque pour cela l'intervention de l'Europe : c'est ce que les chrétiens d'orient ont toujours fait depuis, sentant bien qu'ils ne pourraient à eux seuls lutter avantageusement contre la domination étrangère. Pourquoi s'en étonnerait-on ? Plus d'un peuple, qui s'est trouvé dans des circonstaQces moins malheureuses et qui avait plus de ressources, n'a pu obtenir son indépendance qu'à l'aide d'un secours étranger : tels, au siècle passé, les Américains duNord, de nos jours l'Italie. N'oublions pas d'ailleurs que l'Europe avait été le principal auteur de nos désastres. Après avoir renversé en orient un état de choses qui offrait les avantages d'une civilisation plus avancée que la sienne, elle n'avait mis à la place que l'anarchie; elle avait ainsi préparé et facilité la conquête ottomane. Si les chrétiens de ces pays demandent sans cesse l'assistance de l'occident, c'est qu'ils sont convaincus qu'ils ont droit à une réparation. L'Europe ellemême a toujours eu conscience des obligations morales que lui a léguées sa politique passée ; car, si elle n'a
jamaîs répondu aux vœux du poëte anonyme de la Lamentatioji en faisant un effort capable d'amener la restauration de l'empire d'Orient, elle a souvent fait causecommune avec les chrétiens dans leurs guerres inces santés contre la tyrannie ottomane. Au quinzième, au seizième et au dix-septième siècle, Venise, l'Espagne, Naples, la France ont successivement lutté contre lecroissant dans les pays occupés par les Hellènes. Il est vrai qu'elles finissaient toujours par abandonner leurscompagnons d'armes; mais chaque fois que leurs intérêts parlaient, ces puissances trouvaient les Hellènes prêts à oublier le passé et à se ranger sous leurs drapeaux. Quelques années après la prise de Constantinople, quand Mahomet II eut enlevé aux Paléologues leurs dernières possessions dans le Péloponèse, les Vénitiens, appréhendant d'être attaqués dans les leurs, à Coron,. Modon, Nauplie, Argos et Monembasie, commencèrent les premiers les hostilités. Ils appelèrent aux armes les Grecs de Morée en leur promettant leur concours.^ Sparte et les Lacédémoniens se soulevèrent sous Michel Rhalli, les Arcadiens sous Pierre Boua. Des faits d'armes mémorables furent accomplis. En Qn Michel Rhalli, pris à la suite d'un combat sanglant, subit un atroce supplice; huit cents prisonniers, envoyés à Constantinople, furent décapités. Chalcis, qui était occupée par les Vénitiens^ fut enlevée en 1470 : héroïque résistance ! les femmes hellènes elles-mêmes y avaient pris part, comme le témoignèrent leurs cadavres trouvés sur les remparts. En 1479,. quand la paix fut signée entre la Porte et Venise, Cro-