‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 161 sur 179 · VENISE. CHARLES VIII · texte numérisé non relu

VENISE. CHARLES VIII

codilos Cladas continua seul la lutte. Ayant pénétré dans le Magne du milieu, il s'empara de plusieurs bourgs et hameaux, d'où il expulsa les autorités musulmanes. Mais il ne put longtemps résister aux forces toujours croismantes de l'ennemi, et s'embarqua pour Naples. Peu après, en 1481, rentré en Épire sous les auspices du roi Ferdinand, il s'avança jusqu'à Avlona et aux monts de la Chimère, culbuta trois mille Turcs avec le concours de cinquante villages chrétiens qui s'étaient révoltes, et ^'empara des forts de Chiméra et de Papalo.

En 1495, on vit entrer en lice le jeune et belliqueux roi de France, Charles VIH; ayant résolu de conquérir l'Italie et de s'emparer du trône de Constantinople, il ^ntra en négociations avec les chrétiens, par le canal de rarchevêque de Durazzo. Des envoyés du Péloponèse, de la Thessalie, de l'Épire, de l'Albanie, et des provinces .laves se rendirent à Venise et dans l'Apulie pour se concerter avec les Français. Cinq mille Épirotes et Albanais 5'emparèrent de Scodra et de quelques autres points importants. Les Turcs, qui s'étaient établis sur les côtes de l'Illyrie, en Épire, en Acarnanie et en Macédoine, reculèrent vers l'intérieur. Le bruit de l'arrivée de Charles VIII avait inspiré un tel effroi à Bajazet lui-même, qu'il cherchait à mettre sa personne en sûreté en passant de Constantinople en Asie. Malheureusement le pape et les Vénitiens forcèrent Charles à quitter l'Italie. Les chrétiens d'orient furent livrés à leur sort, et, sur la dénonciation du pape et des Vénitiens, les Grecs de l'Epire et de la Thessalie furent cruellement châties. Chose

HELLENISME MODERNE.

curieuse cependant, les Vénitiens, attaqués par ce sultan, appelèrent de nouveau les Grecs à la révolte; et le plus étrange, c'est que quelques provinces du Péloponèse répondirent, en 1499, à ces suggestions. L'entreprise échoua comme tant d'autres. Une armée nombreuse d'Osmanlis envahit le Péloponèse et porta le fer et le feu dans les provinces insurgées.

Néanmoins les Grecs luttaient toujours, sinon sous leur propre drapeau, du moins sous celui de Venise. Après s'être distingués aux sièges malheureux de Modon, de Coron et de Pylos, ils sauvèrent Nauplie. En 1532, quand André Doria, l'amiral de Charles-Quint, eut conquis Fatras, Rhion et Antirrhion, les Grecs des environs se soulevèrent aussitôt : ils ne voulurent pas, dans leur désespoir, calculer les résultats de cette expédition, que les plus froids parmi les Européens ne prévoyaient que trop bien. Le 1" novembre de cette même année, l'envoyé de François I" à Gènes écrivait : On a répandu le bruit que Doria, s'étant emparé de Fatras, marche contre Lépante, et que les Grecs, ayant pris les armes, ont tué autant de Turcs qu'ils ont pu. Mais ils resteront exposés à la vengeance de leurs ennemis, une fois la flotte rentrée à Gênes. » C'est ce qui arriva: Doria parti, les Turcs tombèrent sur le Féloponèse, massacrèrent un grand nombre de ses habitants, en mirent beaucoup d'autres en fuite. Des mouvements plus considérables eurent lieu après la destruction de la flotte turque à Lépante, le 8 octobre 1571. Le Féloponèse, la Grèce continentale et les îles de l'Egée furent remués par le bruit du canon

DOftIA. DON JUAN D'AUTRICHE. 431

de cette célèbre bataille et par les exhortations et les proclamations de don Juan d'Autriche. De Vitrinitza et de Galaxidi, les Grecs marchèrent au nombre de trois mille contre Salona. Abandonnés malheureusement par les Francs, ils ne purent résister à la nombreuse armée des Turcs, et, chose plus désastreuse encore, leurs chefs, au nombre de quatre-vingts, trompés par les assurances et les serments du bey de Salona, furent arrêtés et misa mort. Les frères Mélissinos, Macaire, évêque d'Epidaure, et Théodore Chôrodespote levèrent en même temps le drapeau de l'insurrection dans le Féloponèse et au Magne, où ils résistèrent pendant deux ans. Mais, n'ayant pas non plus reçu les secours que don Juan d'Autriche leur avait promis et ne cessait de leur annoncer, ils finirent par déposer les armes. Les deux chefs passèrent à Naples, où ils moururent. Ils furent inhumés à l'église grecque des apôtres Pierre et Paul. On lit sur leur tombeau qu'ils avaient été à la tête de vingt-cinq mille fantassins et de trois mille cavaliers. Les mémoires du temps ne disent rien sur le sort de leurs compagnons d'armes; mais nous ne savons que trop bien celui des insurgés de la Macédoine et des îles de l'Egée. Environ trente mille Hellènes de ces contrées furent massacrés ou emmenés à Constantinople. Les vieillards furent mis à mort, les hommes valides condamnés à servir à bord des galères turques; les jeunes gens des deux sexes devinrent victimes de la lubricité musulmane. Enfin, on brûla vifs les archevêques de Thessalonique et de Fatras.

Le gouvernement ottoman, frappé enfin de cette persis-

nELLÉNISME MODERNE.

tance des Grecs à s'insurger, résolut de suivre l'exemple de Venise qui en avait pris beaucoup à son service. Il institua plusieurs armatolikia auxquels il confia la p^arde et la police des régions montagneuses de la Grèce continentale, de l'Épire, de la Thessalie et de la Macédoine. Cette concession, loin de lui profiter, ne fit qu'aggraver ses difficultés. En 1585, rarmatole de Vonitza et de Louro, Théodore Boua Grivas, souleva l'Acarnanie et massacra en une seule nuit les Turcs de Vonitza et de Xéroméro. Les deux armatoles de l'Epire, Poulios Dracos et Malanos, ayant suivi son exemple, s'emparèrent d'Arta et marchèrent sur Janina, mais furent pris entre deux feux. Les Turcs de Thessalie et d'Epire allèrent au secours de cette ville^ tandis que le pacha de Lépante s'avançait contre TAcarnanie. Théodore Boua lui livra bataille sur les bords de l'Achéloûs. Couvert de blessures, il dut se retirer dans les gorges des montagnes voisines et appeler son frère, Ghinis Boua, à son secours. Pendant ce temps l'insurrection avait été réprimée en Épire ; Ghinis, poursuivi, succomba à Pératia. Voyant toute résistance inutile, Théodore passa dans Ithaque, où il mourut des suites de ses blessures.

Au commencement du dix-septième siècle, de 1603 à 1606, les chevaliers de Malte s'entendirent avec les Hellènes de l'Épire, et voguèrent vers ses rivages dans l'intention d'opérer un débarquement. Mais la conspiration fut éventée : plusieurs conjurés furent mis à mort ; un prêtre fut écorché vivant, et sa peau envoyée à Constantinople avec les têtes d'un grand nombre de conspira-

CIIARLES DE NEVERS.

leurs. Peu après s'éleva en occident un nouveau prétendant au trône de Constantinople , Charles II, duc de Nevers : il se présentait comme descendant des- Paléologues par les femmes. Beaucoup de prélats et de notables du Péloponèse, de la Grèce continentale, de l'Epire, de la Bulgarie, de la Serbie, de l'Herzégovine et de la Dalmatie se concertèrent avec lui. Le 8 septembre 1612, une assemblée générale de prêtres et de laïques, représentants de presque tous ces pays, se réunit à Couki en Albanie. Le procès-verbal de cette assemblée, retrouvé de nos jours, nous fait savoir qu'on discuta et qu'on vota une insurrection générale. L'assemblée pourvut à tout : achat de munitions de guerre, formation d'une armée de 160,000 hommes, mise en circulation d'une monnaie fiduciaire qui devait être retirée à la fin de la guerre ; enfin elle fixa les forts qui devaient être occupés, et décida qu'on marcherait sur Andrinople et Constantinople. Il ressort de ce document que les insurgés avaient fait un traité d'alliance avec les princes de Valachie et de Moldavie et qu'ils comptaient sur la coopération de l'empereur d'Allemagne. Mais le duc Charles, que plusieursdes nôtres appelaient déjà Constantin Paléologue, ne parut, jamais en orient. L'Espagne et Venise combattirent son projet; l'escadre qu'il avait préparée fut dévorée par un. incendie qui éclata on ne sait comment. Ces grands projets s'évanouirent comme tout ce qui avait été rêvé aux, siècles précédents. L'intrépide évêque de Trikka, à la tête de nombreux insurgés, entra seul à Janina. Attaqué

par les troupes turques, il fut vaincu et massacré.

Le duc de Nevers, dont nous venons de rappeler ici les projets, visait à une restauration de l'empire grec ; c'était aussi la tendance du mouvement mentionné dans la Lamentation sur la prise de Constantinople. xMais ce ne furent là que des exceptions; la plupart des luttes soutenues en ces temps par les Grecs contre les Turcs furent entreprises dans l'intérêt et sur le conseil des puissances occidentales et particulièrement de Venise. Dans leur désespoir, les Grecs s'empressaient de combattre pour quiconque faisait la guerre à leurs oppresseurs, quand ils ne pouvaient lutter en leur nom et pour leur compte. Quelque chose de semblable arriva aussi dans les îles : à Lemnos en 1475, à Corfou en 1538, à Chypre en 1570 et 1571 , en Crète pendant vingt ans et jusqu'en 1669. Quand Venise eut perdu cette dernière île, la lutte fut transportée de nouveau sur le continent.

En 1684, Venise fut assez heureuse pour se dédomger de la perte de Candie par la conquête du Péloponèse et de TAttique. Les Maïnotes, les habitants de Patras et de Caryténa, les Chimariotes et les habitants de la Grèce continentale ne manquèrent pas de se soulever encore pour se soustraire au joug écrasant qui les opprimait. Beaucoup de Céphalléniens, d'Ithaciens et de Corfiotes prirent part à la lutte. Les Chimariotes mirent en fuite le pacha de Delvino qui avait marché contre eux à la tête de quinze cents fantassins et de cinq cents cavaliers. Livini, armatole de Carpénisi, battit les Turcs près du village de Goliani, sur une coUine qui depuis

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