‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 162 sur 179 · MODIFICATIONS DES RAPPORTS AVEC L'EUROPE · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS DES RAPPORTS AVEC L'EUROPE

lors porta son nom. Courmas, armatole de la Parnasside, débuta par la destruction des Turcs de Lidoriki, aida les Vénitiens à prendre Antirrhion et Naupacte, puis vainquit à Thèbes le séraskier, à qui il tua deux mille hommes et fit deux fois autant de prisonniers. Zacharias, archevêque de Corinthe, fut pris et mis à mort. Il se fit dans cette guerre une telle consommation d'hommes, qu'en 1690, quand les Vénitiens furent solidement établis dans le Péloponèse, cette presqu'île, qui compte aujourd'hui 700,000 habitants, n'en comptait que 86,468 en dehors de la Corinthie et du Magne. Les Grecs se distinguèrent aussi en 1716, lors du célèbre siège de Corfou par les armées ottomanes. Dans le grand assaut donné la nuit du 17 au 18 août, les bataillons vénitiens lâchèrent pied. Les Grecs, restés seuls dans leurs rangs, finirent par repousser les assaillants dans une lutte suprême dont les prêtres elles femmes partagèrent les dangers et la gloire.

Après ce dernier fait d'armes, les choses changèrent d'aspect. La nation hellène ne cessa pas de s'insurger contre ses oppresseurs ; mais elle ne combattit plus que pour sa propre indépendance et ne versa plus son sang pour des intérêts étrangers. Elle se dévoua tellement à ce nouveau principe, qu'en 1715 le Péloponèse aima mieux retomber sous le joug musulman que de se ranger encore une fois du côté de Venise. Ce revirement dans les sentiments et la conduite de l'hellénisme est facile à expliquer. Les Grecs avaient fini par comprendre qu'un gouvernement puissant et régulier comme celui de Venise

pouvait devenir à la longue bien plus dangereux pour leur indépendance à venir qu'une domination dont l'ineptie égalait la cruauté. Si, au dernier siècle, la nation hellène a pu organiser et développer ses institutions sociales, politiques et maritimes au point de rendre possible la grande révolution de 1821, elle le doit en majeure partie à l'aveuglement de la tyrannie turque ; elle n'aurait jamais pu obtenir un tel résultat sous une administration habile et prévoyante. Avant d'expliquer comment l'hellénisme avait pu penser et agir dans un autre sens pendant trois siècles, comment il changea de voie à partir du dix-huitième, nous devons rappeler en quelques mots les variations essentielles survenues dans les rapports des puissances européennes

avec la Porte.

Parmi les États chrétiens que, jusqu'ici, nous avons vus menacer d'une manière directe ou indirecte l'existence de la Turquie, la France fut la première à modifier son système politique en orient. Sous François I", elle contracta même une alliance avec l'empire ottoman, abandonnant les chrétiens orthodoxes à leur sort et se bornant à défendre les intérêts des catholiques si peu nombreux du levant. Naples et l'Espagne ne tardèrent pas à la suivre dans cette voie. Venise seule continua à lutter. Mais, ayant successivement perdu ses grandes conquêtes, Chypre d'abord, puis la Crète et enfin le Péloponèse, elle se borna à la possession des îles de la mer Ionienne. Elle dépérissait visiblement à partir du commencement du dix-huitième siècle. Au siècle précédent, elle avait sou-

rapports AVEC L'AUTRICHE ET LA PRUSSE. «7

tenu dans Candie un siège de vingt ans ; en 1715, elle fut expulsée du Péloponèse en trois mois par le grand-vizir Ali-Coumourdji. Son aveuglement était tel à cette époque, qu'elle comptait toujours sur le concours des Grecs, tandis que ceux-ci lui prouvaient par des faits qji'ils n'étaient nullement disposés à se ranger de son côté. Les Turcs ne furent donc plus inquiétés du côté de l'occident; au contraire, la conservation de leur empire commença à y être considérée comme indispensable au maintien de l'équilibre européen.

Des anciens ennemis de la Turquie, l'Autriche seule continua à lui faire la guerre jusqu'aux dernières années du dix-huitième siècle. Mais elle finit par accepter, elle aussi, le principe de l'intégrité de l'empire ottoman, dont l'Angleterre a toujours été depuis lors l'ardent et fidèle défenseur. Ce changement du système politique de l'Autriche lui fut imposé pour ainsi dire par l'attitude qu'avait prise en orient une puissance nouvelle ; nous voulons parler de l'empire colossal fondé par Pierre le Grand au nord et à l'est des possessions de la maison de Habsbourg.

Depuis le neuvième siècle, la Russie avait eu avec les Hellènes des rapports tantôt pacifiques, tantôt hostiles, plus souvent hostiles qu'amicaux : cela dura jusqu'à la veille des croisades. Des diversions intérieures et extérieures la forcèrent alors de s'abstenir pour longtemps de toute immixtion dans les affaires orientales.

Avant comme après la conquête musulmane, des relations bienveillantes continuèrent d'exister entre 1 h-

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glise grecque et TEglise russe ; mais la Russie ne recommença à jouer un rôle en orientetà s'efforcer d'étendre ses possessions de ce côté qu'à l'époque même où l'on arborait en Europe- le drapeau de l'intégrité de l'empire ottoman. La Russie avait l'avantage de toucher à cet empire, ce qui lui rendait la guerre plus facile et mettait à sa portée les acquisitions qu'elle convoitait.

L'Autriche seule, depuis la décadence de Venise, se trouvait dans une situation analogue; aussi continua-telle pendant quelque temps encore à enlever à la Turquie des territoires. En 1783, elle alla même jusqu'à régler d'avance avec la Russie le partage de l'empire. Il est vrai que ce partage avait été proposé par Catherine à Joseph II sous la forme d'une restauration de l'empire grec de Constantinople. Aux termes de ces conventions, on établissait un Etat intermédiaire entre la Russie, l'Autriche et le nouvel empire en créant le royaume de Dacie, qui devait comprendre la Valachie, la Moldavie et la Bessarabie. Mais plusieurs autres provinces de la Turquie étaient partagées entre les parties contractantes : au sud, Joseph II avait exigé pour Venise la cession du Péloponèse, de la Crète, de Chypre et de quelques autres îles de l'Egée. La Russie s'y opposa en disant qu'il ne fallait pas trop affaiblir le nouvel État hellénique, et surtout ne pas lui enlever Candie, le Péloponèse et la mer Egée.

Ce grand projet ne se réalisa guère. L'Autriche ne tarda pas à comprendre que les Moscovites possédaient sur les Turcs un avantage qui lui manquait. Les puis-

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