‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 163 sur 179 · APP0UTS AVEC L'AUTRICHE ET LA RUSSIE · texte numérisé non relu

APP0UTS AVEC L'AUTRICHE ET LA RUSSIE

sances occidentales avaient inscrit dès le principe sur le drapeau de leur politique orientale la protection de leurs coreligionnaires catholiques ou protestants. A leur exemple, la Russie mit en avant les mêmes prétentions à l'égard de l'Église grecque. Seulement les protégés des puissances occidentales s'élevaient à peine à quelques centaines de mille, tandis que ceux de la Russie se chiffraient par millions.

La position de la Russie devint par là plus menaçante que jamais. L'Autriche le comprit et adopta le principe de l'intégrité de l'empire ottoman ; elle en fut avec l'Angleterre le principal porte-drapeau. Elle y fut même plus fidèle que l'Angleterre pendant tout le cours de la révolution grecque.

Ainsi furent modifiés^ au commencement du dixhuitième siècle, les rapports de l'Europe avec la Turquie. Deux partis opposés se trouvèrent brusquement en présence, Tun prêchant ouvertement la destruction de l'empire ottoman, l'autre professant que son indépendance était absolument nécessaire à l'équilibre européen. Prise entre ces deux colosses, toute autre nation se serait crue perdue. La nation grecque ne désespéra pas ; seulement elle embrassa une nouvelle politique dans la conviction qu'elle réussirait tôt ou tard à la faire adopter par les deux adversaires. Elle commençait alors à recueillir les fruits de sa renaissance intellectuelle, préparée au dix-septième siècle.

Sans cesser d'être brave, eRe devint plus expérimentée. Nos pères ne se contentèrent plus de changer

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de maîtres. Luttant pour eux-mêmes contre les Turcs, ils invoquèrent sans relâche le secours de l'Europe et firent entendre aux nations occidentales qu'ils combattaient pour leur propre indépendance.

Pour donner une idée de l'intensité que prit ce sentiment dans Tespace d'un siècle, il nous suffira de citer les textes de deux documents authentiques, dont l'un a été rédigé à la fin du dix-septième siècle, l'autre à la fin du dix-huitième. Le 30 août 1684, les habitants du Magne avaient envoyé à Morosini, général en chef des Vénitiens, une adresse dont le préambule était ainsi conçu : « C'est avec le plus profond respect que nous tombons à tes pieds, nous tes très-humbles serviteurs, à savoir les habitants soussignés des villages du Magne, évêques, notables, vieillards et jeunes gens, hommes et femmes, grands et petits, et nous nous inclinons devant Ton Excellence en baisant ton saint vêtement. » Plus bas ils disent qu'ils espèrent obtenir ainsi leur liberté tant désirée, mais ils expliquent immédiatement après ce qu'ils entendent par le mot de liberté : « Vitylon, notre ville, restera sous la domination perpétuelle du prince sérénissime ; nous promettons, nous les habitants du Magne, de lui rester éternellement soumis, désireux de passer nos jours sous la protection du glorieux drapeau de l'évangéliste Marc. » C'est ainsi que l'on écrivait à la fin du dix-septième siècle. Qu'il y a loin de ce langage à la demande que les envayés de la nation soumirent à Catherine, en 1790, pour la prier de placer son petit-fils Constantin sur le trône de Constantinople ! Ils ne parlent

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