‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 166 sur 179 · LUTTES DE LA FIN DU XVIII' SIÈCLE · texte numérisé non relu

LUTTES DE LA FIN DU XVIII' SIÈCLE

Jean Dascalojannis, résistèrent longtemps à 15,000 ennemis. Ils furent enBn réduits ; leur chef, tombé entre les mains des Turcs, fut conduit enchaîné à Héraclion ; là il subit cet affreux martyre qui a été retracé dans un chant populaire publié par M. Perrot, et dont les accents retentissent encore à Sphakia.

Après la répression de cette grande prise d'armes, tous les pays hellènes, le Péloponèse surtout, eurent à subir d'indicibles calamités. Les habitants de Vostitza furent massacrés au monastère des Taxiarques, où ils avaient cherché asile ; vingt mille Péloponésiens furent vendus comme esclaves en Algérie et en Roumélie.

La péninsule fut changée en un désert; car ceux qui avaient échappé à la mort ou à l'esclavage se réfugièrent aux îles Ioniennes ou dans les gorges et les cavernes des montagnes. Cependant dix-huit années avaient à peine passé sur ces pays couverts de sang et de ruines, que les Grecs, profitant d'une nouvelle guerre de l'impératrice Catherine, redescendirent encore dans la lice.

Ce fut alors que Lambros Catzonis, avec une escadre de 15 à 20 bricks, mit souvent en fuite les flottes ottomanes et resta trois ans entiers, de 1788 à 1790, maître

de l'Egée.

En 1790, il livra avec sept navires un combat mémorable à une flotte de trente bâtiments turcs et algériens, dont plusieurs vaisseaux de ligne ou frégates. Quand il eut perdu 650 officiers et marins et six navires, il se retira à Milo sur le dernier qui lui restait. Ce fut alors aussi que le Locrien Androutzos, qui avait pris part à cette

bataille navale avec cinq cents klephtes, s'étant fait débarquer au Magne, résolut de traverser avec eux tout le Péloponèse et de gagner les îles Ioniennes par la Roumélie. Poursuivi pendant quarante jours par six mille Turcs, il put traverser le golfe de Corinthe après en avoir tué dix-huit cents. Mais, livré par les Vénitiens à la Porte et mené à Conslantinople, il fut jeté au bagne, où il périt dans les souffrances.

Peu après, Rhigas, de Phères en Thessalie, conçut le projet d'une grande révolution après s'être concerté avec Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie. Rhigas, arrêté par les Autrichiens, fut mis à mort en 1798, à Belgrade. Mais un an après, par un jeu singulier de la fortune, un coin de terre hellénique devait obtenir son autonomie; et, chose plus étrange, ce fut un coin de terre qui, tout en ayant souvent pris part à ces luttes séculaires contre les Turcs, n avait jamais subi leur domination. Occupées d'abord par les Français lors de la suppression de la République de Venise par le général Bonaparte, les îles Ioniennes furent ensuite enlevées à la France par une flotte turco-russe ; elles formèrent alors un État autonome sous le protectorat de la Russie et de la Turquie, à la condition qu'elles payeraient à cette dernière puissance un tribut annuel de 75,000 piastres.

Les îles Ioniennes ont subi depuis lors bien des vicissitudes ; mais elles ont fini par obtenir une indépendance complète, ayant été annexées à la Grèce libre en

LUTTES DE L\ FIN DU XVIIl' SIÈCLE. ^i-^^

Pour en revenir à la fin du dix-huitième siècle, les guerres entre les Grecs et les Turcs devenaient chaque jour plus fréquentes, plus acharnées et plus héroïques. Au moment même où l'autonomie des îles Ioniennes était reconnue, les Souliotes entreprenaient en Épire une de leurs plus brillantes campagnes. Ces célèbres montagnards n'avaient pas manqué de prendre part aux mouvements de 1768 et de 1789 ; mais c'est surtout de 1800 à 1803 qu'ils se firent cette renommée qu'ils devaient soutenir avec non moins d'éclat sur les champs de bataille de la guerre de Findépendance, notamment à Missolonghi et à Phalère. C'est au milieu des vicissitudes de cette lutte immortelle qu'eut lieu un acte de dévouement unique dans les annales de l'histoire.

Plusieurs centaines de femmes souliotes, cernées de tous côtés par les Turcs sur le haut sommet du rocher escarpé de Zalongos, lancèrent leurs enfants dans l'abîme pour leur épargner de tomber vivants entre les mains des ennemis. Ensuite ces filles de la liberté se mirent à glorifier leur sacrifice en exécutant pour la dernière fois leur danse nationale, qu'elles accompagnaient d'un air patriotique. C'était une ronde: à mesure que lune d'elles approchait des bords du précipice, elle s'y élançait sans regarder en arrière. La ronde et le chant continuèrent jusqu'à ce que l'abîme les eût toutes englouties. Les Souliotes furent alors obligés d'abandonner leurs foyers et d'aller chercher un refuge aux îles

Ioniennes.

Quelques années après, les klephtes et les armatoles

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de Thessalie durent également se retirer à Skiathos. Mais Tun d'eux, Nico Zara, entreprit, au milieu de 1807, une expédition audacieuse. A la tête de cinq cents braves, il résolut de traverser la Macédoine pour aller rejoindre les Serbes de Karageorge qui s'étaient révoltés contre les Turcs. Après avoir battu en Macédoine plus d'un détachement ennemi, il fut enfin enveloppé par quinze mille hommes dans les gorges de Zichni sur le mont Ménœcée. Forcé de reculer jusqu'à TAthos, il regagna Skiathos en passant par Scopélos.

Là il trouva les armatoles de l'Olympe, qui s'y étaient précédemment réfugiés et qui avaient armé en course soixante-dix petits navires. Jean Stathas du Valtos, beaufils de ce Boukouvalas si célèbre dans les chants populaires, fut mis à la tête de cette flottille ; Nico Zara en reçut le commandement en second. Ces navires, ayant arboré le drapeau hellénique, croix d'azur sur champ blanc, se partagèrent en sept petites escadres, dont chacune portait le nom du lieu de naissance de son commandant,. Valtos, Morée, Skiathos, Roumélie, Olympe, Mer Blanche (mer Egée) et Cassandra. La flotte ne se borna pas à dévaster les côtes et à courir sus à la marine de commerce ; elle s'attaqua aux bâtiments de guerre. Le chant populaire composé en mémoire de Jean Stathas retentit encore sur les montagnes de la Roumélie ; il nous a conservé le souvenir d'une des victoires remportées alors sur mer contre les Turcs.

La Porte effrayée ordonna à Ali, pacha de Janina, de cesser ses poursuites contre les armatoles pour leur

GUERRE DE L'LNDÉPEiNDANCE. 449

permettre de revenir sur leurs pas et de laisser libre la mer Egée. Ils retournèrent en effet dans leurs foyers, mais pour recommencer, sous les ordres de l'armatole desKhassia, Papathymios Vlakhavas, lalutte sur le continent. Six cents combattants, réunis sous les ordres de Théodore, frère de Papathymios, furent cernés par une nombreuse armée turque, commandée par Moukhtar, fils d'Ali-Pacha, et se firent tuer jusqu'au dernier. Papathymios, qui n'avait pu aller à leur secours, s'embarqua de nouveau pour Scopélos, à la tête de cinq cents habitants du mont Olympe, et se fit corsaire.

Séduit enfin par des paroles fallacieuses du pacha de Janina, il consentit à revenir sur le continent avec ses compagnons. Ali fit aussitôt arrêter par trahison cet homme héroïque et le fit mourir après les plus épouvantables tortures.

Même après cette catastrophe, plusieurs klephtes, et principalement le fameux Katzantonis, continuèrent à lutter. Katzantonis, pris en 1811 par trahison, subit une mort cruelle à Janina ; son frère et son émule Lépéniotis fut assassiné en 1815. Alors leur troupe, qui ne comptait plus que trois cents combattants, fut en partie exterminée, en partie dispersée. Mais, peu d'années après, éclatait cette grande insurrection de 1821, dans laquelle plusieurs de ces klephtes devaient acquérir une gloire immortelle. Deux d'entre eux, Théodore Colocotronis dans le Péloponèse, Georges Raraïskakis dans la Grèce continentale, méritèrent de figurer par leurs exploits militaires à la tête de notre régénération nationale.

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Celte révolution est trop connue pour que nous en donnions un nouveau récit; elle ^"t signalée par des faits d'armes et des sacrifices qui ont dépasse de beaucoup tout ce que nous avons eu à raconter dans es page précédentes. D'après les calculs les plus moder , d ux cent mille Grecs environ, femmes, enfants, v.e.lla ds et hommes désarmés, ont été égorgés, convertis a lisla- .ntme ou vendus en esclavage par l'implacable feroc.te aes Turcs. Toutefois les survivants en tirèrent une vengeance éclatante. Un nombre égal de musulmans, pour i moins, périrent dans les combats sur terre et sur mer ; une flotte entière de vaisseaux, de frégates et corvettes fut brûlée entre Lesbos, Chios, Ténédos, Samos, le golfe de Géronta en Asie Mineure et Galaxidi.

Une nouvelle gloire éclairait le ciel de la Grèce : le dévouement à la religion et à la patrie prenait des proportions surhumaines. L'Europe s'émut enfin ; comprenant que les oppresseurs et les opprimés ne pouvaient plusvivre ensemble, elle résolut de renoncera son principe de politique et de sacrifier l'intégrité de 1 empire. . • • „«„♦ ^ivncps • l'Europe hésita et n ac-

Mais les préjuges sont vnaces . i i^urop

corda le bienfait de l'indépendance qu'a une faible partie de la terre des Hellènes; elle replaça sous la dommation turque la Thessalie, l'Épire, la Macédoine, la Thrace et Il îles de Psara, de Samos, de Casos, de Crète : elle ne considéra pas que les habitants de ces contrées avaien accompli des faits d'armes dont quelques-uns peuvent être comptés parmi les plus brillants de la révolution En effet, le sol de la Macédoine, de cette contrée qu on a

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