‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 17 sur 179 · SUPÉRIORITÉ DU GÉNIE ATHÉNIEN · texte numérisé non relu

SUPÉRIORITÉ DU GÉNIE ATHÉNIEN

d'harmonie, de mélodie, de rhythme, d'art plastique, a été ou inventé ou perfectionné, non à Sparte, mais dans des villes où l'élément dorien s'est fondu avec l'élément indigène. Si rudes, si gauches qu'ils aient été, les conquérants ne purent rester inaccessibles aux qualités de l'hellénisme. Ils vécurent pendant plusieurs siècles avec ces tribus auxquelles l'épopée homérique attribue déjà cet équilibre harmonieux des facultés qui est le principe même de l'art introduit dans la vie réelle ; ils furent en contact avec elles, et subirent à quelque degré leur action bienfaisante. En retour, ils communiquèrent au génie grec quelque chose de la fermeté, de la virilité de leur caractère. Mais nulle part ils ne formèrent par eux-mêmes le type le plus parfait de l'hellénisme. A Sparte, où ils semblent avoir conservé intact leur tempérament primitif, ils sacrifièrent tout développement de l'esprit, de l'art, de l'industrie et du commerce à la transformation de la république en un camp fortifié. Dans les autres villes, où leur mélange avec les indigènes modifia sensiblement leur caractère originel, ils eurent quelques succès dans les arts et la poésie ; mais ce n'est pas parmi eux qu'ont germé, qu'ont été cueillis les fruits immortels du génie hellénique ; ce n'est pas le génie dorien qui, par une influence vivifiante rafraîchit encore, après deux mille ans, les cœurs les plus nobles et les esprits les plus élevés. Ulliade et YOdyssée ont été créées chez les émigrants qui fuyaient l'invasion ; elles remontent à une époque où l'on n'apercevait pas en Grèce la moindre trace de dorisme. On n'est

donc nullement autorisé adonner aux Doriens une part quelconque, directe ou indirecte, dans la création de ces chefs-d'œuvre ; et il n'est pas besoin de rappeler ici où ont été conçus les drames d'Eschyle et les comédies d'Aristophane, l'histoire de Thucydide et de Xénophon, les chefs-d'œuvre de Phidias et d'Ictinus, la philosophie de Socrate et de Platon, où est née la puissante éloquence de Périclès et de Démosthènes.

Mais passons à la vie pratique, à la vie réelle de la nation hellénique. Pendant les guerres contre les Perses, on vit clairement que l'esprit panhellénique brillait surtout a Athènes. L'esprit d'intérêt, ne considérant que la cité ou tout au plus le Péloponnèse, prédominait à Sparte. Pour ne parler que de ces institutions militaires, où les Lacédémoniens ont surtout réussi, qui ne sait le sort des bataillons d'Agésilas près de Corinthe, quand Iphicrate opposa ses pe/tastes, plus habilement organisés, aux lourdes phalanges des bords de l'Eurotas; les désastres de Leuctres et de Mantinée, quand Épaminondas eut inventé l'ordre oblique?

Ce n'est donc pas à Sparte, c'est dans le reste de la Grèce et principalement à Athènes qu'il faut chercher le foyer de la vie nationale, morale et intellectuelle du peuple grec. L'invasion dorienne avait pu le troubler pendant longtemps, mais ne l'avait point détruit. Là fut créé tout ce qui a instruit et charmé depuis lors toute société civilisée. Là aussi prit naissance cette vie politique dont les principes et les institutions sont encore aujourd'hui les assises principales de tous les régimes libres. La res-

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