‹ Histoire de la civilisation hellénique [microform]Chapitre 19 sur 179 · DÉCADENCE SIMULTANÉE DE CES DEUX VILLES · texte numérisé non relu

DÉCADENCE SIMULTANÉE DE CES DEUX VILLES

et de gravité extraordinaires ; la totalité des citoyens pouvait à peine satisfaire aux nécessités nombreuses d'une situation nouvelle ; la rétribution des indigents fut donc une mesure inévitable et qui, loin d'avoir amené la chute de l'État, contribua au contraire à en assurer la conservation.

Toutefois, en raison même des circonstances qui lui avaient imposé ce sacrifice, il ne pouvait exister longtemps. Les villes sujettes s'insurgeaient; les ressources publiques diminuaient soit par des expéditions militaires incessantes, soit par le démembrement de l'Etat. Le chiffre des citoyens actifs, si limité d'ailleurs dès le principe, fondait à vue d'oeil ; on y suppléait par des étrangers domiciliés dans la cité, qui n'avaient plus les qualités de ses anciens habitants. Les stratèges, qui étaient toujours élus par le suffrage de rassemblée et qui en étaient les hommes les plus marquants, étaient continuellement absents. L'assemblée tomba ainsi entre les mains des démagogues, qui prétendaient, à l'abri de tout danger et sans encourir de responsabilité sérieuse, gouverner le pays par des discours et par l'intrigue. En parlant de choses qu'ils ignoraient, ils entraînaient le peuple à des résolutions imprudentes, que les stratèges désapprouvaient, mais auxquelles ils étaient forcés de se soumettre. L'État ressembla alors à un navire construit pour naviguer dans de petites mers intérieures, qui se trouve tout à coup jeté en plein océan, au milieu des grandes vagues et des tempêtes. Le fait que les Lacédémoniens ont aussi succombé, malgré leur esprit de con-

«a PREMIER AGE DE L'HELLÉNISME.

servation, est une preuve évidente que c'est là, et non dans les réformes de Périclès, qu'il faut chercher la cause première de la décadence athénienne. Les deux républiques devaient arriver à cette décadence en même temps. La constitution de Sparte, outre l'esclavage et le principe désastreux de la domination exclusive d'une ville sur toutes les autres, avait encore un trait commun avec celle d'Athènes : elle avait été faite pour suffire à des besoins que le temps et les circonstances avaient modifiés. Sparte tomba dans les mêmes difficultés qu'Athènes, lorsqu'elle entreprit la lutte pour l'hégémonie. Il est vrai que ses citoyens ne se livraient ni au commerce ni à l'industrie, ni aux arts ni à la navigation ; ils se consacraient uniquement, comme dans les siècles passés, au service militaire, et pourvoyaient à leur modeste entretien par les produits des terres qui leur avaient été assignées ; Sparte ne se trouva donc pas dans la nécessité de les soudoyer. Mais quand il lui fallut équiper une flotte, envoyer constamment au dehors la plupart des hommes libres, recevoir chez elle un grand nombre d'étrangers, elle négligea la discipline de Lycurgue; l'ancienne égalité des fortunes disparut ; les mœurs nationales furent altérées. C'est ce que les faits attestent depuis la fin du cinquième siècle ; c'est ce que Xénophon lui-même est forcé d'avouer.

Celui qui entreprend de juger sincèrement la'valeur relative des deux constitutions ne doit donc pas se borner à examiner s'il y avait plus de mobilité et d'agitation à Athènes qu'à Sparte, puisque toutes deux ont péri

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