ANCIENNES VILLES. — NOUVELLES FONDATIONS
toutes les vicissitudes : ruinée par Darius, assiégée par Alexandre, qui y rencontra une résistance acharnée de la garnison persane, elle se releva plus tard de ses ruines; au temps de Strabon, elle avait quatre ports, dont l'un pouvait contenir une flotte considérable. Nous aurions pu en dire autant des autres villes grecques qui existaient depuis les temps les plus reculés dans l'Asie Mineure. On les comptait par centaines; toutes reçurent une nouvelle vie à cette époque et attirèrent un grand nombre d'habitants de la Grèce européenne.
Mais ce qui transforma l'émigration en un véritable courant humain marchant d'Occident en Orient, ce furent les nouvelles fondations des successeurs d'Alexandre. On connaît les noms de deux cents d'entre elles en Asie Mineure, en Syrie, dans les contrées les plus reculées de l'Orient et en Egypte. Elles étaient assurément en plus grand nombre encore. Plusieurs d'entre elles comptèrent parmi les plus grandes villes de ces temps, parmi les plus florissantes de l'antiquité. Séleucie fut bâtie sur le Tigre, à huit heures de Babylone, en forme d'aigle déployant ses ailes ; au temps de sa grandeur, on lui attribuait six cent mille habitants. Antioche, près de Daphné, était une tétrapole, ce qui veut dire qu'elle était composée de quatre parties, dont chacune avait des murs particuliers reliés entre eux par une enceinte commune. La principale rue, ornée des deux côtés de nombreux et splendides magasins, comptait trente stades ou 3,840 mètres de longueur. Cette cité eut jusqu'à cent vingt stades ou 15,370 mètres de circonférence. On ignore
à quel chiffre s'élevait sa population ; mais, d'après Strabon, « elle n'était pas moindre en grandeur et en force que celle de Séleucie sur le Tigre et qu'Alexandrie d'Egypte. » Qui ne connaît cette ville fondée par Alexandre le Grand ? La population entière y était évaluée à 800,000 âmes, et la population libre à 300,000. Toutes les villes fondées par Alexandre et ses successeurs ne furent pas aussi peuplées ; plusieurs cependant devinrent plus grandes que les plus célèbres de la Grèce proprement dite. 11 faut le dire d'ailleurs, les habitants, qui se comptaient par plusieurs millions, n'étaient pas tous de purs Hellènes ; mais ils furent en grande partie hellénisés par les mercenaires., par les employés publics, par la foule des nouveaux colons, par l'accroissement naturel de la population, par le mélange des Grecs avec les indigènes et par la puissante action que l'élément bellénique exerçait sur eux. Polybe, qui a visité Alexandrie vers le milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ, distingue les habitants en trois parties : l'élément égyptien ou indigène, l'élément mercenaire, qu'il affirme avoir été considérable, et l'alexandrin qui, selon lui, était meilleur que les deux autres : « car, dit-il, descendants des Grecs, ils ont, quoique mêlés à des étrangers, conservé les traits caractéristiques de leur race. » D'après Malala, les premiers habitants d'Antioche, près de Daphné, étaient des Athéniens, des Macédoniens, des Cretois, des Cypriotes. C'est à l'intention des premiers que Séleucus y fit ériger une grande statue de Minerve. Plus tard Séleucus II peupla une des quatre parties qu'il fit bâtir