ÉGYPTE. — RELIGION. — MUSÉE
que Sérapéion de Memphis, deux prêtresses, deux femmes, chose auparavant inouïe en Egypte, célébraient les cérémonies du culte de Sérapis et d'Isis. Dès lors aussi, parmi les attributs de ces divinités, on vit le calathos (corbeille) transporté de Grèce, où il figurait dans les fêtes de Cérès.
Si les dogmes des deux peuples se mélangèrent, la langue, la science et surtout l'Etat furent presque entièrement helléniques. Le principal foyer de ce travail fut le Musée. Cet établissement célèbre, fondé par Ptolémée Philadelphe, faisait partie de l'immense et magnifique palais du roi, qui s'étendait sur le tiers ou le quart d'Alexandrie. Le Musée comprenait une bibliothèque et plusieurs annexes scientifiques qui pourraient faire donner aujourd'hui à l'ensemble de l'établissement le nom d'Université ou d'Institut. Une partie était affectée aux hommes de lettres qui y étaient nourris et logés ; des salles étaient consacrées aux cours ; dans d'autres compartiments travaillaient les copistes et les relieurs. Ptolémée Soter jeta les premières bases de la Bibliothèque; Ptolémée Philadelphe l'agrandit en y réunissant les livres de toutes les nations connues, en y déposant les trésors de la littérature du monde entier. Au Musée se rattachent Théocrite, poëte bucolique ; Callimaque de Cyrène, grammairien, historien et poëte; Apollonius, l'auteur du Voyage des Argonautes, qui fut aussi inspecteur de la Bibliothèque ; Aristophane de Byzance, conservateur de la Bibliothèque et fondateur d'une école de grammaire ; Aristarque, disciple de cet Aristophane et
prince des critiques alexandrins; nous ne citons que les plus marquants. Mais Thellénisme doit à cette Egypte grecque un nombre infini d'hommes plus célèbres encore : les historiens Appien et Hérodien ; le grand géographe qui fut en même temps un grand astronome et un grand mathématicien, Claude Ptolémée ; l'érudit Athénée; le néo-platonicien Plotin,le mathématicien Néon, Sosigène, Nonnos, Clément d'Alexandrie. Le gouvernement des Ptolémées ne borna pas son action à rÉgypte; il répandit l'hellénisme jusque dans les contrées lointaines de l'Ethiopie : vers le quatrième siècle après Jésus-Christ, Silco, un roi des Nubiens et des Éthiopiens, écrivit en grec ses fastes militaires.
Dans les Etats des Séleucides, le gouvernement fit moins pour la diffusion de l'hellénisme que les Ptolémées en Egypte. Des écoles et des études littérairesflorissaient bien en Cilicie, en Syrie et au delà de l'Euphrate, mais elles n'avaient pas été fondées par la royauté, elles n'étaient pas entretenues et protégées par elle. La langue grecque y fut plutôt répandue et cultivée parles villes, qui étaient beaucoup plus nombreuses et plus puissantes en Asie qu'en Egypte. A Antioche par exemple, le Musée ou temple des Muses et la bibliothèque furent fondés, sous Antiochus VI , surnommé Philopator, aux frais et par l'initiative d'un particulier nommé Maron. De même si en Asie il se produisit avec le temps une espèce de fusion des deux religions, ce fait ne s'accomplit pas, comme en^Égypte, sous l'action systématique du gouvernement ; il fut plutôt une conséquence naturelle de l'invasion de la religion grecque et de