VIII PRÉFACE
n'a pas été bien saisi, c'est que les détails n'en ont pas été étudiés sous leur \éritable jour. De toutes les connaissances humaines, Ihistoire est celle qui prête le plus aux aberrations de l'esprit de système, aux erreurs des passions religieuses, aux influences des intérêts politiques. L'histoire du peuple grec pouvait d'autant nioins éviter ces écueils qu'elle a été jusqu'à présent livrée à la discrétion de la science étrangère. Conçoit-on une histoire de France qui n'aurait été écrite que par des Anglais ou des Allemands? Quoi qu'on puisse dire de l'amour-propre national, il y a dans les traditions et dans les sentiments de chaque peuple un fond de vérité à côté duquel les intelligences les plus élevées, par cela seul qu'elles appartenaient à un autre milieu, ont bien souvent passé sans l'apercevoir ou sans l'apprécier à sa juste valeur.
J'ai parlé de l'esprit de système ; c'est là un des fléaux de la science historique. Tout le monde connaît les trésors d'érudition qui ont été prodigués de notre temps pour confisquer au profit exclusif de la race dorienne les origines de la civilisation hellénique ; et personne n'ignore les efforts qu'a tentés un historien éminent, qui appartenait aux fractions avancées des partis poHtiques de son pays, pour réhabiliter, malgré Thucydide et Aristophane, la mémoire' de Cléon et de toute la tourbe des démagogues de la cité athénienne.