VILLES DE SECOND ET DE TROISIÈME ORDRE
encore davantage dans l'Asie Mineure, devenue un pays entièrement hellénique jusqu'au treizième siècle. Pour donner une idée du changement complet que cette grande péninsule éprouva depuis le troisième siècle avant Jésus-Christ, nous allons donner quelques détails sur un petit nombre de ses villes de second et de troisième ordre ; ses grandes cités sont trop connues pour que nous y revenions.
Tarse en Cilicie était une ville bien ancienne, où l'élément hellénique était très-faible au troisième siècle avant notre ère. Strabon, qui écrivait deux siècles plus tard, vante les études qui s'y faisaient dans la philosophie et dans les autres branches du savoir humain ; il affirme que ses habitants avaient en cela surpassé Athènes et Alexandrie. Il cite des hommes célèbres nés dans ses murs : les stoïciens Antipater, Archédème et Nestor, les deux Athénodore, dont l'un, très-puissant sous Antoine et sous César, donna lieu à de nombreuses plaisanteries rapportées en détail par le géographe. L'académicien Nestor, contemporain de Strabon, devint précepteur de Marcellus neveu de César, et succéda à Athénodore dans l'administration de la cité. Le géographe cite encore les noms d'autres philosophes, Ploutiade et Diogène, des grammairiens Artémidore et Diodore, d'un excellent poète tragique, Denys ; il termine en disant que Rome peut témoigner du grand nombre de philologues originaires de cette ville : « Rome, dit-il, est pleine de Tarsiens et d'Alexandrins. » On s'explique ainsi comment Paul, né et élevé à Tarse, fut le plus éloquent des apôtres,
le plus versé dans la science et la poésie "de* Hellènes.
« Laodicée en Phrygie, dit-il ailleurs, petite ville d'abord, a été agrandie, de notre.lemps et du teînps de nos^ pères, par quelques citoyens devenus puissants.» Hiéron Torna d abord de plusieurs beaux monuments et lui fit, à sa mort, un legs de 2,000 talents, somme qiii équivaudrait aujourd'hui à 50,000,000 de franco environ. Son œuvre fut continuée par Zenon l'orateur et par son ûU Polémon, à qui ses exploits firent conférer la royauté par Antoine et par César Auguste.
Strabon appelle Stratonice de Carie «séjour des Macédoniens », il ajoute qu'elle avait été embellie par les rois et qu'elle donna le jour à Ménippe , surnommé Catoca, que vante Cicéron, et qu'il compare «i Xénoclès et aux orateurs les plus célèbres de son lemps.
Mylasa de Carie, autrefois un village, était alors ornée de temples et de portiques. Euthydémon et Hybréa» furent deux hommes remarquables, orateurs et démagogues, c'est-à-dire chefs politiques de Mylasa. Euthydémon avait reçu de ses ancêtres une grande fortune et une position considérable; il devint puissant dans son pays et mérita les premiers honneurs en Asie. Par contre, le père d'Hybréas ne lui laissa pour tout avoir qu'un mulet 4ressé à transporter le bois avec son conducteur; cependant le jeune homme n'en reçut pas moins une belle éducation. Ayant pris part aux affaires politiques de son pays, il ne tarda pas à s'attirer l'admiration publique, du vivant même d'Euthydémon. A la mort de ce
IIELLÉNISATION COMPLÈTE DE L'ASIE MINEURE. 8î>
dernier, il fut le maître de la cité. On vante beaucoup ce mot d'Hybréas dans l'oraison funèbre qu'il prononça sur la tombe de son émule : « Euthydémon, aurait-il dit, tu étais pour notre ville un mal nécessaire; nous ne pouvions vivre ni avec toi ni sans toi. »
L'écrivain Charon, Adimantos, l'orateur Anaximène^ Métrodore, l'ami d'Épicure, étaient originaires de Lampsaque. C'est de cette ville qu'Agrippa enleva le Lion tombé, œuvre de Lysippe. Démétrius, l'auteur du Diacosmos troye7ij si souvent cité par Strabon, était né à Skepsis en Troade, au deuxième siècle avant Jésus-Christ. Là aussi vit le jour ce Métrodore qui quitta la philosophie pour la politique, et, de pauvre devenu riche parun brillant mariage, fut puissant auprès de Mithridate Eupator. Mais la grande merveille de cette ville fut la bibliothèque d'Aristote : ce philosophe l'avait léguée à Théophraste, qui, à son tour, l'avait donnée par testament à Nélée de Skepsis. Les descendants de Nélée cédèrent pour une grande somme d'argent les livres d'Aristote et de Théophraste à Apellicon de Téos, qui transféra le trésor à Athènes;. Sylla l'enleva et le fit transporter à Rome, lorsqu'il se fût rendu maître de cette ville.
Si l'hellénisme était plein de vie dans les plus petitsfcenlfes, on peut imaginer son activité dans les nombreux et puissants foyers qu'il avait établis sur toute la surface de la péninsule asiatique. La nation hellène lui doit Denvs d'Halicarnasse, Arrien, Dion Cassius, Gallien, Épiclète, Dion Chrysostome, Strabon, Pausaîiîas, l'apôtre Paul, les sept Églises décrites et immorta-
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lisées par TApocalypse, les plus brillants orateurs chrétiens, Basile et Grégoire, les grands architectes de Sainte- Sophie, Anthémios de Tralles et Isidore de Milet. Elle lui doit Tensemble de sa vie politique, militaire et intellectuelle au moyen âge, ou pour le moins jusqu'au treizième siècle après Jésus-Christ. Les tribus étrangères, qui par intervalles s'établissaient en Asie, devenaient grecques avec le temps au lieu de se fondre dans l'élément indigène. Ainsi les Gaulois qui avaient occupé une grande étendue de ce pays vers le troisième siècle avant Jésus-Christ, s'appelaient déjà Gallo-Grecs au temps de Strabon. Les Goths, qui s'y établirent vers le troisième siècle de notre ère, furent, d'après Théophane, désignés plus tard sous le nom de Gotho-Grecs.
Ainsi furent accomplis les vastes desseins d'Alexandre le Grand dans la partie la plus occidentale de l'Asie et en Egypte. Mais cet hellénisme ne conserva pas en toutes choses son caractère primitif. Sa vie politique se modifia la première. Propagé sous la direction militaire de la Macédoine dont le gouvernement était monarchique, sa constitution fut réglée sur ce modèle. Les villes, bâties en grande partie par des colons venus de la Grèce et de ses colonies, s'organisèrent bien d'après les formes helléniques; quelques-unes même, inspirées par leurs vieilles traditions, poursuivirent et parfois obtinrent leur autonomie et leur indépendance. Mais la constitution monarchique dominait en Egypte,, en Syrie et dans l'Asie Mineure. Les successeurs d'Alexandre, Ptolémées, Séleucides, rois de Bithynie,de Pergame, de Cappadoce